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lundi 14 avril 2008

Le vent sur le rocher (suite et fin)

Et le voilà, seul, au milieu d’une plaine qui pourrait tout aussi bien porter le nom de néant. Presque quarante-huit heures qu’il n’avait plus vu un ruisseau ou une rivière non plus. La dernière n’était d’ailleurs plus qu’un lit de boue où l’eau stagnait sans courant, avant de s’évaporer. Advint le soir et l’obscurité. L’homme trouva un renfoncement dans la pente de marne, probablement l’ancienne cascade d’un ruisseau qui coula ici. Il déposa son sac et étendit une couverture sur le sol pour essayer de dormir. Pouvez-vous concevoir ce monde sans aucun autre son que celui du vent sifflant. Plus d’oiseau, de bruissement de petits animaux ou de feuilles, de rire ou de murmure, le clapotis de l’eau… Rien, ce monde se mourrait et l’homme était la dernière trace de vie qu’il y resta. « Pourquoi moi ? » demanda-t-il encore une fois à l’obscurité grandissante. « Y en a-t-il d’autres ? » Il se demanda encore une fois si son voyage n’était pas vain. Trouverait-il des survivants en bord de mer ? Et s’il n’y avait vraiment plus personne ? Combien de temps avait-il marché aujourd’hui ? dix heures ? probablement plus ? La batterie de sa montre était curieusement morte après quelques jours, le sable peut-être. Il ne lui restait que le soleil pour le guider dans le temps, et même lui parfois, perdu qu’il était dans ses pensées, ne semblait plus l’aider. Les rares moments où il ne le brûlait pas, il était camouflé par les nuées de sable soulevées par le vent de plus en plus violent. La nuit ne lui apportait aucun réconfort. Au contraire du jour, elle était glaciale et obscur comme l’abîme dans lequel plongeait le monde. Les étoiles étaient sans cesse cachées… Ou bien avaient-elles disparu ? L’homme se résonnait en se disant que le sable portait par le vent les cachait. Mais était-il possible qu’elles le fussent continuellement ? L’homme s’allongea, sa tête reposant sur son sac. Serait-il assez fort pour atteindre la mer ? Combien de temps lui restait-il ? Combien de chemin avait-il fait ? Avait-il seulement parcouru la moitié ? Il l’ignorait. Et de cette ignorance grandissaient sa peur et son désespoir contre lesquels il peinait de plus en plus à combattre. Il sortit sa gourde et s’abreuva. L’eau avait un goût de poussière… Tout avait un goût de poussière… À peine fut-il couché sur le côté, que la fatigue le terrassa. Il s’endormit malgré la mort qui planait, malgré le vent qui soufflait de plus en plus fort annonçant la tempête. Il rêva. C’était le premier jour. Il venait de se réveiller. Sa fenêtre donnait sur la rue, depuis le deuxième étage. Il entendait les cris, les hurlements. Il regarda par la fenêtre et les vis… Les gens tombaient dans la rue et ne se relevaient pas. Il s’était habillé, avait observé, certain couraient mais ne s’arrêtaient pas quand il les interpellait. La télé ne diffusait déjà plus qu’un brouillard d’onde. Il était sorti, avait vu d’autres vivants, avait vu d’autres gens mourir. Et les hurlements, les hurlements sans cesse des agonisants dans son esprit. Cette jeune femme sur le trottoir. Elle vient de tomber. Il s’en approche et la regarde. Elle le regarde aussi. Elle n’est pas encore morte. Sa peau se couvre de plaie sous ses yeux et semble se dessécher. Elle l’implore. « Aidez-moi, pitié » lui dit-elle dans un souffle. Mais lui a trop peur, il ne veut pas la toucher. Elle pleure. Du sang remplace ses larmes, s’écoule de son nez et de ses oreilles. Elle est morte maintenant. Et lui n’arrive pas à en détacher son regard. Non, elle respire encore… Elle est entrain de se noyer dans son propre sang. Alors elle se mit à hurler… Un cri de plus en plus diffus qui se prolongea pendant d’horribles secondes… Un cri… Long… Un soupir…

L’homme se réveilla en sursaut. La nuit était encore noire. Avait-il seulement dormi plus de quelques minutes ? Pourquoi s’était-il réveillé comme cela ? Heeeee Hooooo. L’homme se raidit. Avait-il bien entendu ? Quelqu’un appelait. Heeee Hooooo… Son visage, une seconde éclairée d’un espoir, retomba dans l’obscurité. Le vent, ce n’était que le vent. Il n’y avait personne d’autre que lui-même ici. Noooonnn, c’eesssst mmmoiii. L’homme, interloqué, tendu encore et encore l’oreille. « Qui est-ce ? » demanda-t-il à l’obscurité. Le vent lui répondit en fouettant violemment tout son corps. Une tempête s’approchait. Il se releva tout en rassemblant ses affaires. Le vent, la fatigue lui jouaient des tours, néanmoins, il devait trouver un autre endroit. Le vent était trop violent et il risquait de finir ensevelit ici. Un sentiment pressant, qu’il se ressentait plus ces derniers jours, chassa la lassitude. Il lui fallait trouver vite une solution. Déjà le vent poussait sur lui poussière et morceau plus gros, de l’herbe sec, peut-être même de petites branches venaient de fouetter son habit. Viennnns par làaaaa. Qu’est-ce que ? Il secoua encore une fois la tête. Le vent, ce n’est que le vent. Il se mis en marche dans le noir. Il n’y voyait pas à deux mètres. De mémoire par rapport au soir précédent, il tenta de s’orienter mais ses pas n’étaient pas assurés. Il trébucha et se reçu douloureusement sur les paumes. Les mains écorchées, il se releva en jurant et repris son avancé dans le lit du ruisseau. Le sol descendait sous ses pieds… Descendait-il vraiment ou était-ce lui qui était penché ? Comment savoir dans l’obscurité, enfermé par la poussière. Il commençait à suffoquer. Soudain, le sol se déroba sous ses pas et il chuta… Une seconde, cela semble une éternité quand on ne distingue pas le sol qui se précipite sur vous. Il heurta la pente de marne sur le côté et glissa jusqu’au creux de pierre. Le souffle coupé, il se mis à quatre pattes et mi-rampant, mi-avançant il essaya de se mettre à l’abri. Icccciiii. Le vent encore, l’aveuglant, lui hurlant dans les oreilles. Il se dirigea là d’où semblait venir la voix, le souffle. Hébété par le choc de la chute, par l’aveuglement, l’éblouissement du vide, cela ne lui sembla plus aberrant. Il se traîna et quand, quelques mètres plus loin, il s’effondra de fatigue, le souffle prit par la poussière, il était dans un endroit plus clair, moins engorgé, à l’abri d’un faible renforcement de quelques mètres. Là, soulagé, n’ayant plus la force de comprendre, il s’assoupit.

Quand il ouvrit les yeux, le soleil était déjà haut, son corps couvert de poussière. La tempête était terminée et l’azur, curieusement, en même temps que le soulagement de vivre encore, lui arracha un faible sourire. Il se redressa et pris un rapide déjeuner constitué de biscuits secs et d’un peu d’eau. La voix qu’il avait entendue hier au soir, cette nuit, qu’était-ce ? Hallucination ? Fatigue ? Folie ? Probablement un mélange de tout ça pensa-t-il. Il se pressa car il avait déjà passé suffisamment de temps ici. Il ne savait pas combien de chemin lui restait à parcourir, alors, il ne pouvait pas se permettre de traîner. Après quelques heures, le soleil allongeant son ombre loin derrière lui, le vent se leva de nouveau. Sur ce terrain maintenant plat, le paysage disparu sans tarder derrière des volutes de poussière. Bien que moins puissant que la veille au soir, il n’en voyait tout de même plus où il allait… Peut-être allait-il tourner en rond. N’ayant plus rien à perdre, l’homme éleva la voix dans la poussière. « Est-ce bien par là que je dois aller ? D’après toi ? » Demanda l'homme au vent qui ensablait sa vision depuis plusieurs minutes. L'atmosphère devenait suffocante et quasi irrespirable, il rajusta son linge devant sa bouche. Le sable s'insinuait partout et brûlait, déchirait, tout bout de sa peau qu'il n'eut pas convenablement protégé. Reveniiiiir, làaaaa… paaaaaaar là... Avance veeeeeeers là…. Mer derriiière… Espoir ou folie ? Encore une fois, il se posa la question. Est-ce son esprit qui lui jouait des tours, qui interprétait le souffle du vent, déformait ses cris en paroles audibles ? Il l’ignorait, mais entendre ces mots insuffla dans son esprit un espoir qu’il croyait avoir perdu, un espoir brûlant qui lui fit presque mal. Son cœur s’accéléra, ses yeux s’embuèrent. Il pressa le pas à travers le nuage de poussière. Cela dura longtemps, mais le soleil n’était pas encore couché quand il parvint au pied d’une colline rocailleuse. Il ralentit le pas, heureux de voir enfin son voyage s’achever, rempli par l’espoir du spectacle qu’il verrait au sommet. Il parcourut lentement les derniers mètres qui le séparaient de la pente.

Ses pieds s’enfonçaient de plusieurs centimètres dans le sol meuble, la poussière accumulée sur les flancs de cette colline. Il n’y avait presque plus de terre à arracher aux rochers qui la formaient. L’homme en scruta le sommet pendant de longues secondes. « Derrière, pensa-t-il, derrière il doit y avoir la mer. » Et si elle n’y était pas ? Et s’il était véritablement le seul… le dernier… L’homme secoua la tête, le regard morne, une étincelle de terreur venant l’animer subrepticement. Il posa la main sur le tronc gris et nu d’un pin desséché et commença son ascension. C’était bien dur qu’il ne l’avait escompté. Le sol de poussière glissait sans cesse et il devait déployer ses dernières forces pour vaincre le mouvement inverse du sol. Des jours de marche, des jours à se battre contre le temps et le désespoir l’avaient complètement épuisé. Et il était là, presque vaincu par une simple colline. Il glissa encore une fois et dû se rattraper en s’accrochant de ses mains au roc. Ses genoux heurtèrent la pierre avec violence et son sang commença à couler sur la toile élimée de son pantalon. Une ombre claire parmi les ombres, luttant pour atteindre un sommet qui, minute après minute, semblait s’éloigner. La poussière et le vent l’avaient confondu dans ce décor gris et beige. Le soleil semblait lutter pour lui brûler les yeux, l’aveugler avant qu’il ne puisse voir. Il ne pouvait que regarder ses mains tandis, qu’à quatre pattes, il avançait, n’arrivant plus à se relever.


Effffort… Faiis un efffort. Sembla lui hurler le vent tout en l’aveuglement derechef. Enfin, après les rochets, après la pente, alors que les larmes, précédant l’abandon, coulaient le long de ses joues, il parvint au sommet. Au sommet de ce qui devait être une colline de garigue il y a une semaine à peine. Le vent accueillit son ascension en fouettant son visage de poussière et l’aveugla quelques secondes. Il respira avec difficulté la poussière et toussa. L’esprit embrumé, obnubilé par un seul but, il refoula la douleur et regroupa son ultime volonté pour un dernier effort. Il se traîna sur le sol, n’ayant pas la force de se relever. Pas de son non plus ici, pas d’odeur de mer et le vent toujours sec et brûlant. Et pour cause… Il eu la sensation de déchirer ses paupières pour ouvrir les yeux, et à travers la brume des ces larmes, il n’eut pas le soulagement de contempler la mer par-delà la ville… Seule une nouvelle étendue sombre de désert s’entendait jusqu’à l’horizon… La ville était présente… Déserte… Morte… La mer avait disparu… S’était retirée jusqu’au-delà de l’horizon… Peut-être même avait-elle complètement disparu… Disparue… Il n’y avait plus rien ici… Plus personne… Plus personne de vivant… Sa tête retomba sur le sol et il hurla... Et il pleura…


Et le vent rie alors... Il rie... Il rie jusqu'à ce que l'homme ait pleuré toutes larmes... Jusqu'à ce qu'il ait abandonné. Alors le vent fut satisfait… Le dernier homme, la dernière vie… Il était le dernier…

Souffle.
--- Eleken,
Bon fatigué, au dodo ^^ et demain,
j'envois, je verrais bien :op

dimanche 6 avril 2008

Le vent sur le rocher (début)

Le vent sur le rocher,
Le vent soufflait, arrachait la poussière qui s’y agrippe comme le désespoir et le chagrin sur la peau des hommes. Le soleil s’élevait haut dans le ciel vierge de tous nuages et frappait avec hargne le sol rocailleux de ce désert. Partout où se posait son regard, il ne voyait pas une ombre, pas une vie. Seuls les arbres morts et torturés accompagnaient chacun de ses pas et ses pensées dans ce voyage. Des jours qu’il n’avait même pas vu un oiseau, un charognard… Morts, eux aussi. L’homme portait son fardeau solitaire, luttant contre le désespoir pour faire un pas de plus. Non pas qu’il fût à l’agonie, il avait encore de l’eau et des vivres pour quelques jours, mais son esprit n’arrivait plus à lutter. Un vivant… Que ne donnerait-il pas pour croiser un être vivant. Il avait fui la ville car il ne supportait plus le regard et l’odeur des morts qui jonchaient les trottoirs… Mais ici, loin de tout, c’était encore pire.
Comment ? Pourquoi ? Il ne saurait sans doute jamais… Cela aussi, l’absence de nouvelle, d’explication, de solution, d’idée… Tout cela le privé d’espoir. Un soir, l’on se couche avec une vie misérable de mécanicien, cloué au pilori par les dettes et la bière… Le lendemain, tout ceci a disparu, s’est perdu dans les méandres de l’impossible… Le lendemain, la moitié de la ville gît sur le sol, la peau crevassée, les yeux blanc et terne… Le soir, les derniers qui marchaient encore tombent à leur tour… Et il n’y a plus personne… Que le silence… Que vient rompre le vent, charriant misère et odeur, déchet et… Rien d’autre. Ce même vent qui depuis des jours souffle sans cesse, tantôt le poussant, tantôt le freinant dans sa marche. Un homme seul, figure noire parmi les ombres du soir, éclat d’ébène le jour où le soleil semble aspirer toute trace de passé dans ces landes autrefois vertes et touffue. Un homme seul a le temps de se poser des questions durant une marche de plusieurs jours… Combien déjà ? Six… Non, sept jours qu’il marche. Au début, les corps, les carcasses de voitures étaient nombreux. Alors, il avait quitté la route pour ne plus devoir marché par-dessus tout ces gens. Il y a sept jours, les arbres mourraient eux aussi, leurs branches se courbaient, les feuilles tombaient, déjà sombres et brunes… Le deuxième jour, il n’y avait plus une seule feuille sur les arbres, une seule épine sur les pins. C’était comme si la mort avait frappé tous les êtres vivants, végétale ou animale, en ce même jour, puis était partie, laissant ici le vent finir de nettoyer ses méfaits. Que faire quand on est un homme seul ? Il marchait, vers le sud, vers la mer qui se trouvait à quelques centaines de kilomètres de la ville qu’il habitait. Au début, il avait crû que ce ne serait que l’affaire de quelques jours, mais maintenant, il se rendait bien compte qu’il n’avançait pas vite. Pourquoi ? Pour ne trouver que d’autres ruines ? D’autres morts ? Si seulement il avait vu quelqu’un ou quelque chose ? Si seulement le vent ne cessait de le harceler… Il ne cessait de se renforcer, de charrier, de poussait la poussière… Celle de la mort, comme un fidèle disciple, il répandait la poussière arrachée des corps.
Hier, il avait traversé un village. Le décor était le même que celui qu’il voyait depuis le troisième jour. Des troncs rabougris et secs, des corps en lambeaux… La peau déjà tannée et séchée par ce soleil de plomb, partait en poussière. Tout cela était bien trop rapide, il en avait conscience. Les corps auraient dû pourrir, mettre des jours, des semaines à se décomposer. On aurait dit que cela faisait des années qu’ils étaient là, brûlés… Il avait ouvert la porte d’une épicerie, tout le monde était mort si vite que rien n’avait fermé… Il y avait un homme et un enfant étendu sur le sol. Leur état était le même que les corps dehors… Rongé, desséché… Sur les étagères, il trouva des bouteilles d’eau et des paquets de biscuit dont il se nourrissait depuis. S’il avait survécu, d’autres aussi, pensait-il pour survivre, pour continuer à se battre contre l’envie de plus en plus présente de s’allonger sur le sol et de se laisser mourir… Une pensée qui avait de plus en plus de mal à combattre le décor qu’il traversait. Il avait même gratté le sol, tenté s’y déloger quelques insectes ou lézard… Mais là aussi tout était mort… Un virus ? La fureur de Dieu ? Une arme nucléaire nouvelle ? Comment savoir ? Il ne savait rien et cette absence le détruisait de l’intérieur comme ce qui avait tué tout le monde. Vivre ? Pourquoi ? Pour ça ? À la vitesse où tout disparaissait, où le vent rongeait les corps et bientôt les ruines, il ne resterait pas vivant plus de quelques mois de toute façon...


--- Eleken,
Bout de texte écrit ce jour et si j'arrive à le finir
(20000c. quand même sur le thème du vent) avant la fin de la semaine,
qui sera proposé à la revue Monk, on verra bien :op

dimanche 20 janvier 2008

Nuits épisode 5

L’homme regardait la glace sans voir son reflet. Il se demandait, pourquoi il avait fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ce jour-là, devant son miroir, il n’avait plus supporté d’y voir son image. Pourquoi est-ce qu’il avait pris cette lame, pourquoi ? Il se rappelle bien la haine qui l’habitait, la colère qui pulsait dans ses veines. Pourquoi ? Il ne supportait plus, il ne vivait plus, il ne pensait plus. La vie lui était devenue intolérable, infâme, inénarrable. Il lui fallait sortir de là, quitter cet état, supprimer sa souffrance. Alors ce jour-là, devant son miroir où il ne voyait plus son reflet, il a pris la lame à sa droite, et lentement, s’est entaillé le poignet gauche, tremblant sous la douleur, tremblant sous la souffrance, tremblant sous les larmes. Puis, il avait marché jusqu’au sofa, répandant son sang sur le sol du salon, imbibant la pièce de cette odeur cuivrée qui caractérise si bien notre sang. Il s’était effondré là, assis… Attendant… Réfléchissant… Et ce sang qui coulait, ce sang qui roulait sur son bras… À l’extérieur, elle tombe, la nuit, venue ce soir, le prendre. L’homme ne bougeait plus, ses yeux pâles fixant son sang qui s’écoulait, à mesure que son espoir s’étiolait. Il s’endormit… Pour toujours.
Si j’avais survécu… Si j’étais vivante, si le temps coule encore dans mes veines… Le noir, l’obscurité, le néant, nulle part m’entourent de leurs volutes insondables. Mais moi, mais je, mais toi, mais vous, mais qui ? Je ! Un bruissement, un froid, un vent, un choc. Je sens la pierre entailler mes côtes. Je roule sur mes côtes. Je roule sur le lit de la rivière. Ma tête émerge de l’obscurité, explose de douleur au contact de l’air gelé de l’hiver, sortant de l’eau glaciale de la nuit… Elle tangue, cherche l’air, respire… S’échoue… Je respire… Je vis. Mes doigts s’enfoncent dans la terre meuble de la berge. Aveugle, à bout de force, je traîne mon corps impuissant, je l’entraîne hors de cette eau glaciale qui dévore encore mes jambes. Je suffoque, j’essaye de respirer, mais je suis trop faible. Ma poitrine est écrasée par le poids de mon propre corps… J’ai du mal… À respirer… À nouveau, je sombre, pas dans le courant glacial de cette rivière, mais dans le courant invincible de l’épuisement… J’essaye sans y arriver à bouger encore mes bras, mes jambes… Je n’y arrive pas… Mon corps est à nouveau lointain… Il n’est plus à moi… Je m’enfonce… Je m’enfonce… Dans la nuit.
Et puis, l’obscurité saisit l’homme. Il y glissa, de plus en plus vite, sans pouvoir s’accrocher encore à la vie… Tendrement, il sombra dans l’éternité, dans le néant, dans le noir, dans l’inconscience, dans la paix… Puis ce fut le flash, la lumière brûlante, l’explosion de douleur, les vapeurs soufrées lui suffoquèrent les poumons, les cris des suppliciés, les flammes de l’enfer qui léchèrent sont corps… Il refusa d’ouvrir les yeux, non il ne le voulu pas, il ne devait pas…. À travers ses paupières closent, il sentit la multitude, les mains qui griffèrent son corps, qui lacérèrent sa peau. Il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas s’enfuir… Il garda les paupières aussi serrées qu’il le put, il n’osa affronter l’enfer du dehors, les grognements et râle monstrueux qui l’entouraient le terrifiaient. Plus encore, quand le silence se fit, plus encore quand la voix caverneuse de leur chef s’éleva dans l’espace, remplissant le temps et l’espace, les remplissant d’un timbre sans compassion, sans humanité… « Je crois qu’il est sauvé ».
L’homme émergea, à bout de souffle, de la forêt. La rivière est là, là où il espérait la trouver. Il parcourt des yeux son lit sinueux. Il la cherche. Il sait, qu’elle est quelque part par là, ici, elle doit y être, il ne peut en être autrement. Il doit la sauver des autres, c’est sa mission, il le sait. Du jour où il s’est réveillé, du jour où tout pour lui à changer, où les cauchemars ont commencé, il savait… Il savait que ce soir, il serait là, la cherchant, pour la sauver. Il regarda le ciel, il avait déjà commencé à pâlir, il avait déjà commencé à chasser les étoiles… Le temps était trop précieux, il avait perdu trop de temps à trouver son chemin dans la forêt dense. Il devait la ramener, la protéger du soleil, la sauver… Avant cela, il devait la trouver. Il remonta le cours d’eau. Et s’il s’était trompé, et s’il avait fallu descendre… Non, il ne devait pas penser à cela. Il devait… Il la trouva. Allonger dans la boue, les jambes encore dans l’eau, son flanc déchiqueté, saignant encore un peu. Vivait-elle encore ? Il n’avait pas le temps de ses poser la question, ce n’était pas le moment de se la poser… Il devait la sauver, la ramener, elle était vivante. Il passa les bras sous son corps et la souleva. Elle lui parut incroyablement légère et frêle. Il ramena sa tête contre son torse… La regarda… Parcourut son corps de son regard pâle… Visage d’ange aux couleurs bleutées du froid. Il devait se hâter. Elle était à peine vivante… Il devait la sauver… Aussi vite qu’il le pu, luttant contre le temps, contre le soleil et la fatigue, la douleur qui ankylosait ses bras, il se mit à courir… Il devait la sauver… C’était sa mission…

--- Eleken,
Un épisode qui aura mis le temps de venir, mais un épisode qui aura été précédé de la réflexion, du temps de définir avec exactitude le plan de ce récit... Et donc, des épisodes futurs plus simple à écrire ;o). Maintenant je crois que je vais sortir, je n'ai pas encore mis un pieds dehors.

Comme ça fait longtemps, voici les liens vers les épisodes précédant pour ceux et celles qui prendrait en cours de route :
- épisode 1
- épisode 2
- épisode 3
- épisode 4

lundi 10 décembre 2007

Les autres

Je suis seul.
Ils ne me voient pas…
Enfin, je crois… Ils ne me voient pas, ne m’entendent… Non, c’est pire. Ils m’évitent et ne m’écoutent pas. Pourquoi ? Mais pourquoi ? Je sais maintenant qu’ils me voient. J’ai pu en faire l’expérience. En fait, c’est très simple. Je suis allé au milieu du trottoir et j’ai cherché à croiser leur chemin. Tous, sans exception, m’ont évité, sans un regard, avec le minimum de changement dans leur trajectoire. Je suis comme un aimant de même pôle, je repousse les autres en douleur, tout contact semble impossible. De la même manière, je sais qu’ils m’entendent. Quand je parle, ils n’ont aucune réaction, ils ne tressaillent pas une seconde comme quelqu’un qui m’aurait entendu mais ne voudrait pas me répondre. Non, ici, ils m’entendent mais m’oublis avant même d’avoir intégré l’idée que je parle ou que j’existe. Cela doit-être ça. Ils ne me perçoivent plus. Pour m’en convaincre, j’ai hurlé dans l’oreille d’une jeune femme… Elle n’a pas fait un mouvement… Par contre, elle s’est ensuite pressée l’oreille, se plaignant d’une légère douleur à son amie. Ainsi, j’avais quand même physiquement prise sur eux. J’ai marché, vivement sur le trottoir, ne me souciant pas de ceux qui m’entouraient et s’écartaient naturellement de mon chemin, puis j’ai vu cet homme. Complet veston, chapeau de feutre, mallette à la main. J’ai couru sur lui et je l’ai poussé de toutes mes forces. Il s’en fallu de peu qu’il m’esquive, mais il fut quand même déséquilibré et tomba. Sa mallette produit un son mat en frappant le sol, les regards se tournèrent vers lui… Mais pas vers moi… L’homme se releva, visiblement gêné… Il pensait sans doute s’être pris les pieds dans une saillie de dalle et avoir chuté bêtement, se ridiculisant devant des inconnus. Il n’a gardé aucune trace de moi. Pas plus de mes cris, ni du second croc-en-jambe que je lui ai fait lorsqu’il acheva de s’être relevé et qu’il rechuta tout aussi lourdement. Là, un jeune garçon et venu lui apporter son aide pour se relever… J’ai préféré partir… Il était évidant que tous mes efforts étaient inutiles.
Quand cela avait-il commencé ? Ce matin, je m’étais levé normalement… Mais j’habite seul, alors difficile de juger… Dans la rue, je ne connais personne… En tout cas, je n’ai croisé personne de ma connaissance. Et, c’est bien normal, personne ne m’a foncé dessus ou ne m’a adressé la parole. Au bus, il y avait plusieurs personnes à l’arrêt, je suis montée en même temps qu’elles… Comment savoir, si à cet instant j’étais encore « perçu ». Même le premier indice flagrant de mon état ne m’a pas sauté au visage… Je me suis arrêté à un kiosque à journaux où j’ai pris dans les rayons le dernier exemplaire de mon quotidien, je l’ai posé sur le comptoir et j’ai cherché dans mon porte-monnaie la monnaie pour payer. Je n’avais qu’un billet de cinq, que j’ai alors sorti, et relevant les yeux, j’ai pu voir le regard éberlué du vendeur qui regardé mon journal comme s’il n’avait jamais vu un journal de sa vie. J’ai agité un peu le billet dans ma main, pour tenter de capter son attention, mais il n’a pas cillé… Il a alors secoué la tête et soufflant, passant à autre chose semble-t-il, je le suivi du regard quand je le vis reprendre mon journal et le remettre ne rayon. J’ai eu beau protesté, lui arguant que ce journal était le mien, il ne m’accorda même pas un regard. Je repris le journal et le reposé sur le comptoir, quand enfin, l’homme parla… A un homme qui venait de se glisser sur ma droite et qui achetait lui aussi un journal. L’homme tendit son argent, le vendeur plaisanta avec lui, lui rendit sa monnaie, l’homme s’en alla… Tout cela devant mes yeux éberlué par cette scène. Rouge de rage, je balayais le comptoir de la main, envoyant volet les feuilles du quotidien par terre, ce qui attira l’attention du vendeur qui grogna d’incompréhension tandis que je partais avec mon humeur.
Ce n’est qu’une fois au travail, que j’ai compris qu’il se passait quelque chose d’horrible. Quand mon patron pénétra dans mon bureau et demanda à mon collègue où j’étais. Et pourtant, je lui avais bien dit « bonjour »… Mais m’avait-il répondu ? Et la veille ? Je n’avais pas parlé à qui que ce soit la veille aussi… J’étais peut-être déjà soumis à ce sortilège affreux. Car oui, il ne pouvait s’agir que de magie noire et conspiration du gouvernement contre moi. En effet, je n’avais jamais entendu parler d’une maladie où l’on perdait cette capacité d’être perçu… Mais quel idiot je suis, bien sûr que l’on en jamais entendu parler, puisque que ceux qui l’on subit n’ont jamais plus pu communiquer avec les autres. Je me croyais seul, aujourd’hui, je sais ce que c’est de l’être. J’ai essayé d’appeler ma mère au téléphone… Peine perdue, elle a répondu, mais ne m’entendait pas quand je parlais. J’ai essayé d’écrire sur une feuille, d’agiter des objets sous les yeux des autres, mais c’est à croire que tout ce que j’ai pu faire n’a plus d’existence. Comme si ce que je faisais de mes mains héritait de la même malédiction que moi.

Huit mois plus tard.

Huit mois… Je compte les jours maintenant… Huit mois que je suis seul… Deux cent quarante huit jours maintenant… Je me suis habitué à vivre seul… Pas à être seul… Je ne me lave plus, ne change plus de vêtements. Je suis sale, je pu, mais qui s’en soucis ? Personne. Je continu d’habiter mon petit appartement. Mes loyers impayés s’accumulent, mon patron à engagé un nouvel employé puisqu’il ne me voyait plus venir au travail et que je ne répondais plus au téléphone. De toute façon, il ne m’entendait pas. Je vis de larcin. Je vole dans les magasins de la nourriture et des vêtements. Je vis même plutôt bien… Tout ce que je touche devient invisible aux yeux des autres. Il m’a donc était très facile de rentrer dans des magasins et de repartir avec tout ce donc j’avais besoin. Mais ce n’est pas ce qui est dur à vivre… Le plus dur…

Huit ans plus tard

C’est d’être seul. Toujours seul. Ma famille me croit mort, mon appartement a été reloué, mes biens vendu aux enchères. Le plus dur, c’est de voir comment ce que je croyais connaître m’ont vite oublié. Ma mère a enlevé petit à petit toute les photos de moi. Après avoir vécu quelques semaines au milieu de cette famille d’immigrés qui avait reloué mon appartement, je n’ai plus supporté que me soit rappelé chaque instant mon état. Alors je suis reparti dans le sud, dans la maison familiale. Mais ce fut pire. Voir mes parents bouleversés par ma disparition… Puis pire encore… Petit à petit, je les ai vus m’oublier. Alors je suis parti… J’ai voyagé un peu. Dans des lieux inconnus, pour ne voir, toujours, que la misère et la haine derrière les façades commerciales que l’on présente aux touristes. Partout, le même désespoir, la même triste, la même douleur… Mais aussi, partout, la famille, les amis, les autres, leur soutient… Et moi, je suis seul… Alors je suis revenu ici. Je m’amuse à tromper la mort, traverser tranquillement l’autoroute. Voir ces autres qui ne me voient pas, ralentir, m’éviter de peu, parfois faire un tête-à-queue, sortir de route… Mourir.
Je me hisse de plus en plus souvent sur le toit d’une haute tour, et j’écris. Mon histoire. Peut-être que quand je serais mort, ce que j’ai fait pourra être lu… Quand j’aurais terminé ces pages, je me lèverais. Je sauterais. Les autres verront t-il mon corps quand je mourrais, ou bien piétineront-ils mes restes pourrissant pendant des mois ?
A cet instant une main se pose sur mon épaule. Je hurle de peur en me retournant, en tombant au sol de ma chaise, renversant mes dernières feuilles. Une femme se tient face à moi… Elle me regarde. Elle me parle… Elle me dit « Toi aussi… ». Je me lève, les lèvres tremblantes. Je m’approche d’elle.
Je la serre dans mes bras.
Je pleure.
Je ne suis plus seul.

--- Eleken,
La nouvelle du lundi,
Ecrite ce midi vite fait.

mardi 4 décembre 2007

Dans le noir

Au coin de l’œil.
Toujours.
Elle est là.

M’observant sans cesse. A chaque fois que je me retourne, elle disparaît, mais je sais qu’elle est là. Comme une ombre, un cauchemar à la lisière de ma conscience. Sans cesse, elle est là. Elle m’observe, me regarde. Je n’ose pas garder la même position. Je sais, oui je sais, que si je reste immobile trop longtemps, je finirais par sentir sur ma nuque ses doigts glacés et mort venant m’étouffer, m’étrangler. Et je ne le veux pas, je ne veux pas la laisser faire. Combien déjà, bientôt cinq jours que ce calvaires continu. Pourquoi Seigneur étais-je venu habiter en ces lieux. J’aurais dû laisser cette maison, là où elle était. Un héritage. Quelle joie ce fut au premier abord que cet héritage inespéré. Une lointaine tante, sans descendance, sans parent vivant. J’étais apparemment le seul que le notaire ai pu trouver m’avait-il affirmé. Maintenant pris au piège des serres mortelles de son fantôme, je ne crois plus en rien à tous ces boniments. Elle m’a choisie, m’a attirée ici. Je le sens, je le sais, elle veut prendre possession de mon corps, revivre par moi. Mais je ne la laisserais pas faire.
Et pourtant cela ne fait déjà plusieurs mois, que j’ai emménagé. Au début, tout ce passa très bien. J’ai trouvé un emploi dans la ville, j’ai rencontré mes voisins les plus proches, plusieurs centaines de mètres m’en séparaient tout de même. Ma vie, qui n’avait jamais été des plus chanceuse semblait avoir pris un tournant important. La maison, bien qu’ancienne, disposait néanmoins du confort moderne. Lampe au gaz, âtre large et chauffant bien, vitres hautes et lumineuses. C’était assurément la maison d’une branche aisée de ma famille. Sur les murs, des peintures, surtout des paysages ainsi que quelques portraits. Je trouvais assez vite celui de ma tante bienfaitrice, mais ne la reconnu nullement. Ses traits amers, son teint blafard, ses cheveux plat couleur corbeau, sa robe rouge, rien dans ses airs ne me rappelait un quelconque membre de ma famille.

Et puis, les cauchemars avaient commencés. D’horribles cauchemars dans lesquels j’étais poursuivi par une ombre dans les couloirs de cette maison. Au début, je crus à un simple effet de la solitude dans une grande maison, alors après le troisième cauchemar de cet acabit, je fis l’achat d’un petit chat, que j’appelais Gouache. Il était roux avec des taches blanches et m’apportât beaucoup de joie à jouer avec mes pieds. Mais les cauchemars continuèrent, et loin de se calmer, ils prirent en densité et réalisme. A tel point que je me réveillais de plus en plus souvent en hurlant la nuit. C’est à peu prêt il y a deux semaines, que j’ai commencé à la voir. D’avoir juste une ombre de temps à autre à la lisière de ma perception. A chaque fois je me retournais comme un fou, sursautant de peur, pour ne voir que le vide dans le couloir ou la peinture qui avait toujours été là. Je crus devenir fou jusqu’à qu’une nuit, me réveillant en hurlant, je la vie… Ma cousine, au pied de mon lit, son regard noir figé sur moi, le visage sévère. A l’instant où je la vis, elle disparu en hurlant dans les airs. Seul restât une odeur prononcée de souffre et un peu de poussière dans l’air. J’aurais pu croire à un nouveau délire, si je n’avais trouvé Gouache dans la cuisine un peu plus tard, planté sur la planche à pain avec un couteau… Mort, il s’était vidé de son sang. Aux traces dans le sang, il s’était débattu et avait mis de longues minutes à mourir.

Depuis ce jour, cela n’avait fait qu’empirer, jusqu’à ce que j’acquière la certitude que c’était moi qu’elle voulait. Je ne pouvais en parler à personne et j’étais dans une situation telle que je n’osais abandonner le domicile de peur de la rue, espérant au début que le phénomène disparaisse de lui-même. Malheur sur moi de l’avoir cru… Maintenant je ne peux même plus quitter ces lieux. A peine essaye-je de franchir la porte que mon esprit se tord de douleur et que mon crâne pulse mon sang. J’ai bien essayé, quitte à en mourir, hier soir. Je me rappel, confusément, dans un brouillard de douleur, avoir rampé vers l’extérieur, du sang coulant de mes oreilles et de mon nez… Mais rien n’y fit… Ce matin, je me suis réveillé sur le carrelage de la cuisine, sur sang séché sur tout le visage. Il semble, que dans mon agonie, j’ai fait demi-tour pour retrouver la maison où je pouvais survivre. Elle ne voulait pas que je parte, elle voulait se nourrir de moi, prendre possession de mes faculté… Cette tante qui, j’en venais à douter qu’elle fut la mienne, par quelques moyens démoniaques voulait revenir sur cette terre y répandre sa méchanceté. Que je regrette de n’avoir pas profité des premiers mois pour faire installer le téléphone. C’était, j’avais pu l’utilisait une fois auparavant, une invention qui m’aurait sans nul doute permis de me sauver. J’ai tenté de hurler par la fenêtre, mais hasard de la configuration géographique ou absence de ces derniers, personne n’est jamais venu. Cela fait maintenant cinq jours que je veille sans cesse, marchant sans cesse, sans trouver de solution. Dix que je ne suis pas allé à mon travail, mais apparemment, cela n’a surpris personne. J’arpente les couloirs, redoutant les endroits sombres, mais partout je la vois. Elle m’épie, attend le moment propice pour venir se noyer en moi, chasser mon âme de mon corps, infiltrer son ectoplasme méphitique dans mes muscles et mes trippes.

Je suis dans la cuisine, impuissant, épuisé. Ma vue palpite de noir, se confond, je sursaute sans cesse du sommeil qui irrémédiablement me gagne. Mes muscles tremblent bien malgré moi. Je sais que je ne tiendrais plus une heure. Si seulement je ne pouvais la voir. J’en suis arrivé à l’assurance que c'est le regard qui m’emprisonne par elle. Je suis sur que si j’arrivais à ne plus la voir alors son emprise s’évaporerais comme un nuage gracile un jour d’été. Cela fait déjà plusieurs que j’y pense, mais je ne me suis pas résolu… C’est affreux de faire ça, c’est affreux de le penser. Mais ai-je le choix ? Je ne veux pas être plongé dans les limbes et les abîmes des damnés. Je veux survivre ! Je veux vivre. C’est un rêve… Un cauchemar… Ma main s’avance et s’empare de l’outil de mon choix… Mon bras se pli. Je sens le cartilage craquer, je l’entends même. Un onde brûlante de douleur vibre dans mon visage et se propage à tout mon crâne, quand les pics de la fourchette pénètrent le globe de mon œil gauche. Des larmes épaisses à l’odeur cartilagineuse se répandent sur ma joue. Mon œil se vide, déborde. Ma tante… Je la vois encore au coin de mon œil droit, qui s’agite, qui me fait des signes, des supplications, me demandant d’arrêter… Je comprends que j’ai raison, que c’est là l’unique moyen… mon œil gauche sort de son orbite quand je tire dessus. La douleur se transforme en un flot insupportable. Je hurle en tombant à genou. Je rire encore… Cela résiste… Ne veux pas céder… Puis dans un claquement sec, dans une douleur électrique qui foudroie mon esprit, les tendons et le nerf lâche. Je tombe sur le sol en riant… J’ai réussi… En partis… Elle se rapproche de moi, je lui fais face… Elle recule mais ne disparaît pas. Elle semble me supplier. Déterminé, au mépris de l’étourdissement qui me prend, je plante la fourchette dans mon autre œil, me rendant complètement aveugle.
La nuit s’empli de mon rire dément.
J’ai réussi, dans l’obscurité, je suis vivant.
J’ai vaincu ma tante…

Mon rire se transforme en un hurlement quand des doigts acérés de méchanceté se posent sur mon cou et commencent à serrer.
Mon corps bascule.
Son corps se pose sur le mien.
Mes hurlements s’étouffent.
Dans l’abîme et le noir. Dans l’obscurité… Durant les dernières secondes de conscience, au bord de ce néant, j’aperçois une ombre blanche…
Son ombre.


--- Eleken,
Un petite nouvelle, ça faisait longtemps :o)
Bon j'ai pas vraiment eu le temps de la relire...

dimanche 23 septembre 2007

Je veux sortir

« Au secours ! »

« Aidez-moi »

Ces cris résonnaient dans la nuit. Ces cris, mes cris, qui comme chaque nuit, dans le noir, se heurtaient. Chaque nuit, le même cauchemar, chaque nuit, un peu plus, chaque nuit, un peu plus loin, un peu plus horrible, terrifiant, angoissant… La mort qui rode, qui me court après, qui me poursuit sans relâche, à chaque seconde, de chaque nuit, dans le noir, je m’enfuis et dans l’obscurité, je m’enfonce. Mon âme de plus en plus assombrie, de plus en plus détruite, agonisante dans les affres de la peur… Ici, je meurs.
Mes pas résonnaient sur les parois, un son de métal et de souillures humides. À mes oreilles, c’était celui des pas de la mort, même si je savais que c’étaient les miens. Chaque nuit, je m’enfuyais, courant à travers ces couloirs, poursuivi par cette chose… Cette chose que jamais je ne voyais, cette chose dont la seule chose qui me parvenait était ses pas, lourds et terrifiants, ainsi que sa respiration, rauque… Sanglante. Il m’arrivait sans cesse de repasser par les mêmes couloirs. J’y trouvais parfois de nouvelles traces, du sang, des morceaux putrides, des traces de pas dans la boue qui dans certaines portions recouvrait ce labyrinthe. Car il s’agissait bien d’un labyrinthe qui chaque nuit m’emprisonne… Et chaque nuit, j’ai peur, je cours, je fuis, je souffre, sans savoir, sans comprendre, sans pouvoir m’échapper… Sans pouvoir lui échapper.
Je me rappelle, la premier fois, la première nuit, où je suis venu ici. Au début, je n’étais pas à l’intérieur, j’étais à l’extérieur. Je me rappelle avoir été très lucide, toujours, durant ces rêves. Je me suis dressée, habillée d’une veste et d’une robe de coton, mes pieds nus foulant les feuilles mortes, froides et humides, devant ce portail. Ce portail rouillé et couvert de lierres rampants. C’était l’entrée, l’entrée du labyrinthe. J’ai beau essayer de me rappeler, je ne me rappelle rien d’autre que ce portail et les murs de pierres tout autour. Tout alentour, n’était qu’obscurité et noirceur, néant et mort. Alors que le labyrinthe m’apparut comme éclairé et presque chaleureux, ses murs de pierres, ses poutrelles d’acier et la lumière crue des ampoules au plafond. Je me rappelle la première fois que je l’ai entendu. Je n’étais pas rentrée la première fois, je n’avais pas bougé, je n’avais osé pénétrer derrière la grille. Tout juste m’en étais-je approché, tout juste l’avais-je frôlé, légèrement secoué, vérifié que les lierres la figeaient dans l’immobilité, n’osant pas rompre ces amarres. Et je l’ai entendu. Un bruit, un fracas, horrible et effrayant. Le bruit d’un arbre s’effondrant, brisé. Puis un autre. Et le son des branches, repoussées, fendues, par une masse énorme, le son de la terre, le son de l’herbe écrasée, le son des pas monstrueux s’extirpant de la boue du sol… Cette chose, ce monstre, arrivait… Immédiatement, je sentis une peur hurlante me paralyser, me tétaniser, ici… Ici, où j’étais seule. Et cette chose qui se rapprochait, cette chose qui venait vers moi, cette chose qui me venait pour moi.
Encore de nombreuses nuits d’angoisses, paralysée devant la grille, attendant, terrifiée, tentant sans relâche de bouger, mais terriblement immobile… Et puis enfin la libération, le sentiment de pouvoir agir. Alors je m’étais retournée, tirant sans relâche sur la grille crissant, désespérément accroché au sol par ces racines. Et pour la première fois, le monstre fut suffisamment proche pour que je perçoive sa respiration, rauque, profonde, menaçante. La sueur froide me coulait dans le dos et je n’osais me retourner, sachant que si je le faisais, je pourrais apercevoir, dans l’obscurité, ses yeux rouges me fixant avant que la mort ne me prenne, ne déchiquette, ne me broie de ses griffes monstrueuses. Et enfin, la grille s’était ouverte, quel ne fut pas mon soulagement de pénétrer le labyrinthe, persuadé d’y être à l‘abri… Mais la nuit suivante, je me suis retrouvé dans le labyrinthe, et comme chaque nuit depuis ce jour-là, j’entends le fracas de la grille qui se ploie sous le poids du monstre qui vient me chercher. Ce monstre qui fait trembler les murs de son corps imposant et faisant tomber la poussière du plafond sous ses pas imposants.
Ma voix résonne à nouveau dans le labyrinthe. « Au secours, s’il vous plait, quelqu’un, aidez-moi ! » Je supplie le vide, je supplie le silence de me laisser échapper à ce lieu. Je sens le monstre se rapprocher, à chaque fois, à chaque fois je me réveille en hurlant, en sueur, quand son souffle chaud et humide parcourt ma peau. Quand j’arrive à cet instant, où je sais que ses mâchoires, immondes et mortelles, vont se refermer sur mon corps.

Et chaque fois mon seul réconfort, à mon réveil, trempée de sueur, c’est la voix de Simon, mon mari, boucher, qui me dit de « la fermer »… Cet homme à qui je suis marié depuis de nombreuses années maintenant et qui me dégoûte. Je l’ai vu tuer des animaux, une lueur de plaisir dans les yeux. Cet homme, à qui j’ai essayé de parler de ma peur. J’essaye chaque jour de faire comme si de rien n’étais, comme si je ne redoutais pas le retour de la nuit et du sommeil. Je passe la journée à faire les taches ménagères pour ce porc qui partage ma vie, qui ne me dit jamais merci quand je lui fais à manger, qui ne bouge jamais du canapé quand je fais le ménage, qui ne m’embrasse jamais quand il revient de la boucherie… Mais que j’entends toujours se plaindre… Il vit dans une porcherie, dit-il, je ne suis qu’une vieille peau, dit-il, je ne fais rien de bon, dit-il… Et chaque jour, même dans cet enfer, et trop court et me ramène, épuisée, vers la nuit et le monstre. Chaque soir, j’essaye de lutter contre le sommeil mais le sommeil gagne tout le temps… Et chaque nuit je me réveille dans le labyrinthe, chaque nuit je cours pour survivre, pour tenter de m’échapper… Mais je n’ai jamais retrouvé la sortie, la grille par où je suis rentrée… C’est comme si elle n’existait plus.

Je courrais, encore et encore. Je fuyais, encore et encore. Je pleurais, gémissais, criais… Étouffée par les murs, aveuglées par les murs, oppressée, suppliante, hurlante, rien de me répondait, toujours le monstre se rapprochait… Et puis je suis arrivée dans cette pièce… Le centre du labyrinthe ai-je tout de suite pensé. Au centre de la pièce, il y avait une pierre, large et plate, d’environ un mètre de hauteur. Et sur la pierre, il y avait une vieille femme, portant une veste et une robe usées de couleur indéfinissable, couverte de crasse et de poussière. Elle semblait faire partie de la pièce et elle ne bougeait pas. Lentement, je me suis approchée et j’ai avancé une main vers elle… Pour la toucher… Elle a levé la tête et a plongé ses yeux flamboyant dans les miens, me tétanisant sur place. Sa respiration sifflante me parvint, ses doigts noueux tressaillirent sur l’étoffe de son vêtement. Et la vieille femme, cette forme croulante, inconnue, me parla. Elle me dit d’une voix chevrotante et frêle, avant même que je n’ai prononcé la moindre parole, toujours sous le coup de cette rencontre nouvelle. « Tu dois le tuer. À ton réveil, tues le… Sinon le monstre te prendra, c’est lui le monstre, il faut que tu le tues. »
Et je me suis réveillée. Pour la première fois, depuis des semaines, je me suis réveillée sans hurler… Et sans peur. La respiration de Simon, son ronflement pourri, assaillit mes oreilles. Je me suis levée doucement, encore perplexe devant les paroles de la vieille femme. Simon grogna quand je me suis doucement levée. Et ma décision fut prise. La vieille avait raison. Cet homme était le monstre… Ce monstre qui depuis des années plié mon existence, me réduisait à n’être qu’une bête soumise… Depuis combien d’années, je ne savais même plus, mais la puissance de la rage et de la haine explosa dans mon cœur avec soudaineté. Cette rage qui avait grandi depuis des années, que j’avais ignoré jusque-là et qui maintenant transformé mon crâne en un tambour migraineux, une douleur pulsante et écoeurante qui prenait sa source dans la masse répugnante qui dormait sur le lit.

Je m’éclipsais en silence puis revins de la cuisine avec le plus grand couteau que j’avais pu y trouver. Je me suis approchée le plus doucement possible du lit. Les premières lueurs du jour percées à travers les volets et découpaient des bandes évanescentes de clarté sur l’armoire mitoyenne. Je sautais sur le lit, mes jambes de chaque côté de son corps, et alors qu’il grognait et ouvrait les yeux, j’enfonçais la lame dans sa poitrine. Je restais comme cela sans bouger, lui, regarda la lame sans comprendre puis leva des yeux embrumés d’imbécillité vers moi. Un gargouillis s’échappa de sa gorge quand il tenta de parler. Ce fut pour moi le signal, je retirais la lame de la plaie, projetant des gouttes de sang sur le mur, et je l’abatis à nouveau, encore et encore. Il tenta vainement de se protéger, mes rapidement ses bras retombèrent impuissants le long de son corps. Il ferma les yeux, pendant que je réduisais sa poitrine en une marre sanglante de chairs déchiquetées. Et quand le dernier souffle de Simon s’échappa de sa gorge noyée, un rire sinistre retentit mes oreilles, le rire éraillé d’une vieille femme… Et quand je tournis la tête, je plongis les yeux dans les siens, viles et maléfiques. Je plongis dans mon reflet, mes dents jaunes, ma peau fripée, mes cheveux blancs et le blanc sale de mes yeux… Les gouttes de sang sur mon visage…
Le fracas de la porte d’entrée se brisant me fit sursauter…
Et je perçus le souffle de la bête et son regard se poser sur moi…

Au secours…

Aidez-moi…

J’ai peur…

Le monstre c’est moi…

--- Eleken,
Et voilà :o), mon improvisation de ce matin,
commençée à midi, terminée à l'instant,
Ecrite intégralement via mon portable (ça va le clavier me plaît :oP)
Allez, c'est repartis sur "Et si..." ;o)
... Hey ! Mais j'ai faim là en fait :oP

mercredi 19 septembre 2007

Tu finis toujours...

Dans la nuit, marche la mort, cherchant sa prochaine victime, comme l’éclair dans la nuit, sa faux fouette l’air… Les têtes tombent.
Elle erre telle l’ombre de chaque mort parmi les tombes et les tombeaux de se cimetière. C’est son antre, son lieu de repos. Après chaque âme prise, c’est là qu’elle vient se reposer, dormir de son sommeil qui n’en ai pas un, se repaître de sa dernière prise. Comme un nuage de misère, elle flotte dans les airs, sont corps vaporeux ne laissant se découpé clairement que ses bras squelettique, son crane aux orbites mortes et sa faux qui miroite sous la Lune. La Lune, témoin universelle de ses crimes. Séléné, déesse de la nuit, qui a un jour défiée Dieu en imposant au humain la mort et la douleur, qui à un jour envoyée ses émissaires, ses anges de mort, sur terre pour se repaître des âmes pécheresses et emmener les âmes sauvée jusqu’aux portes lumineuse de l’autre monde. Une mort par village, telle fut la règle imposée à l’humanité. L’on raconte que certains village n’ont jamais était trouvé par la mort et que ce qui y vivent n’y meurent jamais, mais cela n’est qu’un mythe. La mort, néanmoins, n’est pas assez rapide, et avec l’accroissement de la population, elle ne peut prendre autant d’âme, que d’âme qui viennent, d’où l’augmentation de la durée de vie dans les grandes villes. Mais ce petit village n’a pas ce problème. Ici, depuis le début des temps des mortels, il n’y a jamais eu plus de deux cents âmes à surveiller. Et ce soir, la mort est alléchée. Une âme est prête pour elle, elle l’a sent qui l’appelle, comme une lente pulsation qui fait vibrer d’envie son corps éthéré.
Lentement, elle sort des limbes obscure et arpente le cimetière, sort en survolant la grille et se dirige vers l’homme qui l’attend. Les vivants ne peuvent la voir, mais quand elle les frôle, elle se délecte de leur frisson et de la peur qui les paralyse soudainement. Certain vieux, proche de l’appeler ou les suicidaires, peuvent apercevoir son ombre ou sa silhouette dans l’angle mort de leur yeux ou rapidement dans un miroir, mais sans pouvoir la voir vraiment approcher, sans pouvoir vraiment la saisir de leur mains avide de cette mort attendue qui ne vient pas. Elle flotte ainsi jusqu’à une petit maison. Toutes les fenêtres sont noires et obscures à l’exception de la fenêtre de l’étage d’où la lueur vacillante d’une bougie s’échappe. La fenêtre est entre-ouverte, comme attendant son passage. Elle longe le mur tel un voleur et se laisse glisser, goûtant les aspérités du mur, vers la lumière. Elle ne l’aime guère, mais les hommes l’affectionne tellement qu’elle a finit par s’y habituer. Cela ne l’empêcha pas, en pénétrant dans la pièce, de provoquer un courant d’air glacial qui éteignit immédiatement toutes les bougies présentes. Telle la brume, elle rampe sur le sol, se dirigeant vers la masse sombre qui dort sous les couvertures. Elle se fige, l’homme ne dort pas. Malgré l’obscurité, les pupilles de l’homme la scrutent à la lueur lunaire qui pénètre par la fenêtre, la mort ressent les pensées de l’homme qui se tourne vers elle.
Il tente de parler, s’étouffe, puis reprend d’une voix frêle. « Je t’attendais ». La mort se redresse de toute sa hauteur spectrale, son corps oblong fait presque la hauteur de la pièce. L’homme la suit des yeux. Cela veut dire qu’il l’a voit, cela veut dire qu’il l’attendait… Cet homme qui depuis trente ans vis avec un secret. Il a tué sa femme et sa fille dans un accès de folie et de colère. Il les a tuées avec ce même couteau qui lui sert depuis, tous les jours, à couper son pain rassis. Il a enterré les corps dans la cave puis et aller se saouler dans le seul bistrot du village où il a prétendu que sa femme « venait de partir avec sa gosse et leurs économies ». Fieffé mensonge que les habitants du village s’empressèrent de croire, plutôt que d’imaginer vivre à côté d’un meurtrier. Les années passèrent et l’homme continua de vivre comme si de rien n’était, mais ne quitta jamais la maison, devenue trop grande pour lui, et n’invita jamais plus personne, de peur que quelqu’un découvre la vérité.
La mort se rappela être venue voir les âmes de ses victimes. Comme beaucoup de ceux qui sont morts violemment, leur âme ne pourra trouver le repos éternel et la mort ne pu les prendre pour les guider. Elles étaient encore là. D’ailleurs, elle venait de pénétrer dans la pièce. Les années de souffrance les avaient complètement déformées. La femme n’était plus qu’une masse résiduelle de tentacule et d’yeux immonde. La petite fille, de son incompréhension d’enfant, avait encore une apparence humaine, bien que difforme et bossue, ses traits rappelaient encore celle qu’elle avait été. L’homme toussa, quand une des tentacules de sa femme vint se poser sur son torse décharné. L’homme ne la voyait pas, mais dans quelques secondes, il serait confronté à ses crimes.
« Qu’attends-tu pour me prendre… Ne crois-tu pas que je t’ai assez attendu… »
La mort toise la faible créature, rarement elle ressentait quoique ce soit pour ses victimes, mais les ignobles, les meurtriers, les fous, l’intéressait toujours. Et celui-ci, bien que n’étant pas exceptionnel, avait l’âme sombre et corrompu par le mensonge et la traitrise. La mort abattît sa faux sur le ventre de sa victime. Les émanations spirituelles de l’homme jaillirent, tel le sang, de la blessure immortelle. Il devrait souffrir avant de disparaître dans le néant, telle était la punition réservée aux âmes corrompues. La lame remonta dans son abdomen, lentement, vers le cœur. L’homme tremblait et gémissait. Sa fin était douloureuse, la mort se régalait de cela. Puis elle se pencha en avant et saisit l’âme même du mort entre ses serres avant de l’extraire violemment du corps et de la jeter dans un coin.
Puis la mort ressortie par la fenêtre, un autre mourant l’appelait et elle allait s’en occuper. Celui-ci était honnête et bon, il méritait une fin tranquille. L’homme derrière elle hurla, il venait sans doute de voir ce qui restait de sa famille.
La mort le laisserait au prise avec ses victimes jusqu’à la fin de la nuit et, juste avant l’aube, viendrait récupérer ce qui resterait de son âme et l’emmènerai aux portes sombres du néant. Là-bas sont âme se dissoudrait et des parcelles reviendrais à la vie, se mêlant aux plantes, aux cailloux et peut-être même à d’autres humains… La mort sourit, tout du moins, son visage squelettique découvrit ses dents…
C’était une belle nuit…
Sombre et mortelle…

--- Eleken,
Ecrite rapidement entre midi et deux,
j'espère qu'elle me rapportera au moins un sourire
(Sinon, moi j'ecris plus :oP...)

mardi 18 septembre 2007

Mes félicitations

"Mes félicitations, Argall", c'est ainsi que mon seigneur me condamna.
Mais qu'avais-je fait de si grave ? Pour un pauvre serf comme moi, le simple fait d'être appelé par mon nom était une sentence en elle-même. Que mon maître eut employé ces termes, ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose, la mort. Je ne m’y attendais pas, j’avais préparé le repas et monté la table et c’est à l’instant où je posais le dernier plat, prêt de lui, que sa main, implacable, s’était abattue sur mon poignet. « Mes félicitations, Argall ». Mon nom résonnait dans ma tête comme l’écho dans les montagnes. J’allais mourir. Et j’étais incapable de bouger. Ma main, encore prisonnière de la sienne… Pour la première fois depuis mon asservissement quand j’étais tout petit, j’ai levé les yeux pour croiser les siens. Je me suis brûler la vue dans son regard bleu acier, à l’aspect impassible mais miroitant de rage et de satisfaction. J’ai soutenu son regard pendant quelques secondes, je n’ai pas cédé. Si cela devait être mon dernier acte, mourir en homme insoumis, alors j’irais au terme de ce combat. Durant ces quelques secondes, je n’ai pas cherché à me libérer. Cela était inutile, je le savais, mon sort était scellé. De plus, que pouvait faire un esclave affamé contre un seigneur bien nourrit et entraîné à la guerre. Il a haussé un coin de sa bouche, puis son sourire et devenu plus franc. Un sourire plein de hargne et de haine. Il a alors détourné le regard. Mais loin d’avoir gagné, j’ai compris. Ses yeux se sont portés sur Aneya, la seule autre esclave présente dans la pièce. Aneya que j’aimais, Aneya que je chérissais en secret, Aneya que chaque matin je rejoignais dans le couloir est, juste avant de rejoindre les cuisines, pour la regardais, m’enhardir à lui dire quelques mots, quelques rares fois même, l’embrasser. Nous vivions notre passion cachée de tous, afin de ne pas se retrouver séparés, afin de pouvoir continuer à nous aimer, même contre la difficulté, même contre les interdits, même contre notre condition d’esclaves.
J’ai vu les yeux de mon seigneur captivé par sa frêle poitrine, ils se sont emplis de désir sauvage, le désir de posséder. Là où mes yeux étaient amour, les siens étaient gourmandise. Là où mes yeux étaient passion, les siens étaient ceux d’un prédateur écumant de bave devant une proie sans défense. Le plaisir de la violence sadique, voilà ce qui animait cet homme. Et voilà que cet être abominable convoité la femme que j’aimais, et il savait, il savait que s’il l’a touchait je le tuerais. Voilà le motif de ma condamnation.

Ma bouche s’est ouverte, comme dans un rêve, trop lentement. Je voulais crier mon amour pour Aneya, je voulais lui dire de fuir, je voulais l’aider, je voulais la protéger, je voulais crier mon dégoût, cracher sur le visage de ce monstre… Mais je n’ai pu faire rien de cela. J’ai vu la lame, avant de la sentir, sortir de mon torse, maculant la table et les plats de mon sang. Je me suis senti soulever du sol par la main puissante qui tenait l’épée. Puis elle s’est retirée et je suis tombé sur la table. Et alors que je glissais vers le sol, entraîné par mon poids, incapable de lutter plus longtemps contre la mort qui me saisissait de son manteau glacial, j’ai regardé Aneya qui se tenait à quelques mètres de moi. Elle ne me regardait pas, elle n’osait pas, trop longtemps esclave, elle n’avait pas la force de désobéir à la règle de la vue pour me voir mourir. J’ai supplié en mon âme pour qu’elle lève les yeux, pour que je croise son regard une dernière fois… Une larme, qu’elle n’avait pu retenir, coula sur sa joue… Mais je ne puis lui transmettre d’un regard, tous mes regrets de n’avoir pu la protéger, de n’avoir pu nous libérer… Elle n’a pas levé les yeux… Alors, empli de remord, je suis mort.

--- Eleken,
Petit texte du soir pour une lecture rapide demain matin
(Je devrais sortir un recueil spécial RATP :oP)
A noter que ce texte fait précisément 666 mots (je me demandais si j'y arriverais)
... :o) j'ai hate de pourvoir en discuter (avec les 3 précédents).

Un seul...

La pluie tombé battante à l'extérieur de la cabane. Le vieil Hector soupira devant la fenêtre qui n'avait plus de carreaux depuis longtemps. Il marcha jusqu'au vieux lit sentant le moisis en contournant les pots et bassines qui peu à peu se remplissaient des gouttes de pluie qui passaient au travers du toit aussi grevé de trous que la peau d'Hector. Il se pencha sur la Boîte et la pris dans ses mains... Combien d'années maintenant, pouvait-on encore parler d'années... De siècles peut-être... Hector ne savait plus, mais il en avait l'impression. Il portait le lourd fardeau d'être le dernier, et même de sa vie prolongée, il lui restait un choix déterminant à faire. Il se remémora, comme toujours, comme chaque jour, ce jour. Ce jour où il est venu à lui, sous les trait d'un marchand, grand et distingué, petite moustache fine et bien taillée. Il lui avait ouvert la porte, à l'époque il vivait en ville, au milieu des autres êtres humains, et l'avait écouté lui parlait. Il lui avait vendu la Boîte en lui disant ceci, c'est objet exaucerait un souhait unique, en échange de quoi, son âme serait propriété du marchand... Pour faire le souhait, rien de plus simple, il suffisait d'ouvrir la Boîte, et de parler à l'intérieur, énoncer son souhait, puis de la fermer... Mais s'il regrettait son geste, il pouvait la rouvrir et le voeux serait annulé... Par contre immédiatement l'auteur du souhait mourrait... Hector, comprit que c'était le Diable en personne qui venait de frapper à sa porte, et bien qu'ayant pâlit, il lui demanda de sortir, ce que le marchand fit... Mais quand Hector eut claqué la porte, la Boîte était encore là... Pourtant Hector était certain que le marchand était partis avec. Effrayé, mais ne pouvant se résoudre à prendre le risque de s'en débarrasser, Hector la rangea au sous-sol, prenant bien soin de ne pas parler devant elle... Et il l'oublia...
Des années plus tard, sa femme mourût d'un accident, renversée par une calèche sous ses yeux... Quelques jour plus tard, il repensa à la Boîte, et la sortit de la cave... Il l'ouvrit, mais ne fit pas son souhait tout de suite... Il resta là, pendant une heure à réfléchir possément à ce qu'il lui fallait demander... Et il souhaita ceci, il souhaita ne jamais voir personne mourir sous ses yeux, et il ferma la Boîte... Et il ne se passa rien, du moins le cru t-il pendant quelques minutes... Jusqu'à ce qu'il jette un coup d'oeil à l'extérieur... La rue était vide de toute âme... Et la ville aussi... Hector depuis avait parcouru le monde sans jamais plus voir un seul être humain...
Et maintenant, vieux depuis d'innombrables années, il ne mourrait pas... Car il ne pouvait mourir devant ses yeux... Il devait faire un choix... Redonner à la terre l'humanité, mourir et brûler en Enfer... Ou vivre éternellement mais seul... Deux châtiments, deux plaies, deux exécution...
Un jour de pluie, encore un... Doucement, il souleva le couvercle d'où s'échappa la plainte de millions d'âmes torturées et le souffle chaud, emplie de souffre, de l'antre du marchand...

--- Eleken,
Petite improvisation du matin pour apporter un :o)
Bon je me dis que cela mériterait d'être approfondie comme thème :oP
...

lundi 17 septembre 2007

Regardes derrière toi

« Regardes derrière toi ».
C’est le message qui venait d’arriver sur mon téléphone. Il faisait froid et mes doigts engourdis avaient eut du mal à extraire l’appareil de mes poches et pourtant je venais tout juste de sortir de chez moi. Nous étions en plein hivers, il était tout juste six heures du matin. La nuit était encore noire, les étoiles masquées par les nuages, mon visage réfléchissant la lueur verte du petit écran. Seul le silence est le son de mes pas venaient hanté les rues de la ville. « Regardes derrière toi », un message anodin qui à toute heure de la journée, ou bien si j’avais été chez moi, m’aurait fait sourire. Un message anodin qui, en cet instant, il me fit frissonner. Et c’est avec une soudaine bouffé de panique que je me retournais, dans la direction que je n’avais même pas pris la peine de regarder en sortant. À quelques mètres de moi, la porte de mon immeuble, puis la rue remontait en pente douce vers une avenue plus large toute aussi déserte à cette heure. Au-delà, la ville se terminait sur la forêt. Le trottoir était vide de toute âme, il n’y avait que le silence parfois estompé d’un peu de vent. J’ai essayé de sourire de cette blague, mais étrangement, je n’arrivais pas à me départir de l’impression de malaise qui m’avait pri. La sueur s’était mise à couler dans mon dos, sous mon lourd manteau, et mes mains étaient agitées d’un tremblement incontrôlable. Me calmant, je pianotais sur le clavier pour regarder à nouveau ce message. « Regardes derrière toi », le numéro de l’expéditeur était caché. Je jetais un dernier coup d’œil, me sentant stupide d’avoir eu peur d’un simple message ridicule, sentant la mauvaise humeur grimper en moi. Qui que soit ma connaissance s’étant amusée à m’envoyer ça, l’humour était de très mauvais goût. Je renfonçais mon portable profondément dans ma poche et me remettais en route. Je faisais ce trajet tous les jours, dix minutes de marche jusqu’à la gare, puis je prenais le train de six et quart en partance pour Paris. Je pointais le matin à sept heures à l’usine, j’y travaillais jusqu’à treize heures et j’avais fini ma journée. J’allais de temps à autre avec quelques collègues manger après dans un bistrot et prendre quelques bières, le plus souvent je revenais simplement chez moi, faisais quelques courses, regardais la télé et allais me coucher tout de suite après le journal. Pas de femme, pas d’enfant, même pas un chat. Je n’avais que quelques amis sur la région et je ne voyais pas lequel, exception faite sous l’emprise de l’alcool, pouvait me faire une blague aussi misérable.

Je marchais d’un bon pas, plus vite que d’habitude, le souffle court, je me retournais régulièrement. Je me trouvais ridicule de me laisser aller ainsi à la paranoïa, il était évident qu’il n’y avait absolument personne derrière moi. Mon pas résonnait avec force sur les façades des immeubles sombres qui tout autour de moi m’entouraient, m’oppressant, m’observant de leurs innombrables yeux aveugles et noirs. Sous mes pieds, les pavés me paraissaient plus tordus que la veille. Et où donc étaient passés les oiseaux, les marcheurs avec leur chien du matin et les voitures des retours de fête. « Du calme, du calme », tempêtais-je en moi-même, tout à une explication logique. Il fait nuit, les oiseaux dorment, nous sommes mardi, le lundi soir n’est pas propice à la fête, il fait terriblement froid, les promeneurs ont préféré leur canapé et le chien attendra les premiers rayons de soleil. Oui c’est cela. Mon Dieu, je deviens complètement paranoïaque. Un petit message, et me voilà pris de panique simplement comme ça. Alors que je suis au milieu de la civilisation… Endormie. Je ne m’étais jamais rendu compte avant ce jour à quel point, à cette heure, cette rue est déserte. Je pourrais tout aussi bien être au milieu des dunes, si l’on devait m’agresser à cet instant, personne ne viendrait m’aider. Je n’étais même pas sûr que quelqu’un se réveille.

Quelques dizaines de secondes plus tard, Je suis arrivé à l’intersection d’une autre avenue avec ma rue, au coin de laquelle se tenait un café, fermé, donc la devanture noire m’inspira pour la première fois de la crainte. J’avais la sensation que n’importe qui pourrait se cacher dans l’obscurité à l’intérieur et m’observer sans que je ne le vois. J’étais à la fois en train de sombrer dans la panique et en même temps ma colère grandissait. Contre moi-même d’être assez stupide pour paniquer pour si peu, et contre l’imbécile qui m’avait fait cette mauvaise plaisanterie. C’est à cet instant que mon portable vibra. Je sursautais et laissais s’échapper un petit cri qui me sembla terriblement fort en cet instant. Sans savoir pourquoi cela me bouleversait autant, je sortis l’appareil précipitamment de ma poche pour le consulter, manquant de le faire tomber… Un nouveau message m’y attendait.

« Je suis là, derrière toi, regardes bien ».
Immédiatement je retournais de nouveau, en proie à cette panique grandissante, galopante maintenant. Ma vision pulsa à mesure que le sang battait à mes tempes, insufflant sous mon crâne une légère pression douloureuse. Derrière, moi à quelques centaines de mètres, passât une voiture qui ne s’arrêta même pas au panneau stop et continua son chemin dans une rue perpendiculaire. Un éclair de mon univers si familier et qui me paraissait si perdu pendant que mes doigts blanchissaient en serrant mon téléphone. Mais ce fut tout ce que je vis. Les lampadaires, bien qu’espacés, éclairaient la majeure partie de la rue et aucune silhouette n’était visible. Mon Dieu, mais qui était le malade qui s’amusait ainsi avec mes nerfs. Malgré mon esprit conscient qui tentait de résonner sur l’imbécillité de la situation, quelque chose en moi, de plus animal, faisait enfler la peur. J’avais envie de courir mais je me raisonnais du mieux que je le pouvais. Je prenais conscience, à chaque seconde un peu plus, du silence étouffant, presque brutal, qui m’entourait. Pas un bruit, pas un pas, pas un animal, pas une fenêtre éclairée laissant s’échapper le son d’un téléviseur. Je me sentais terriblement seul au milieu de cette rue, la peur afflua en moi, brisant ma respiration, remplissant chacun de mes membres, débordant par chacun des pores de ma peau. Je tournais et me retournais sur moi-même plusieurs fois, mais je ne vis rien. Je réussis petit à petit à calmer ma respiration et finis même par percevoir au loin le léger bruit de la circulation. Mes mains tremblaient encore et plus que jamais le froid me saisissait dans sa chape, mais je me remis en marche, bien décidé à ne plus laisser la panique me saisir de la sorte.

Comme tous les matins, j’ai continué tout droit, traversant, préférant coupé par une petite rue qui faisait un angle plutôt que de rejoindre directement l’avenue qui descendait à la gare. À l’instant où j’allais m’y engager une porte s’est ouvert à quelques mètres sur ma gauche. Je me suis arrêté aussitôt. Était-il possible que… Non, je poussais un soupir de soulagement quand je vis une jeune femme sortir de l’immeuble, fermant aussi rapidement que possible la porte pour mettre ses mains au chaud dans son manteau. Elle me jeta un bref regard, fit comme si elle ne m’avait pas vu et pris la direction opposée à la mienne, perpendiculairement à la rue que j’allais prendre. Elle se retourna une fois sur moi après quelques mètres. Je crois qu’elle avait peur de moi, c’est vrai que je n’avais pas cillé une seule fois, mon regard posé sur elle pendant les quelques secondes qui s’écoulèrent. Je me reprenais, oui j’avais dû passer pour un fou à la dévisager comme cela. Je rigolais intérieurement. J’avais croisé un de mes semblables, je n’étais pas seul au monde, derrière ces façades anonymes le monde continuait de vivre et de respirer. Certains s’éveillaient, d’autres devaient déjà être en train de préparer le petit déjeuner. Oui, je me suis traité de bel imbécile d’avoir paniqué comme cela et me je remettais en route.
J’avais à peine fait dix mètres quand je m’arrêtais. Je suivais cet itinéraire par habitude, mais je me rendais soudainement compte qu’une courte portion de cette rue était aveugle de ses deux extrémités. Oui mais je n’avais rien à craindre commentais-je en moi-même. Oui mais cela ne me coûtait rien pour une fois de faire le tour, prendre le même itinéraire que la jeune femme. Je regardais derrière moi, puis devant, écoutais les sons qui me parvenaient. Rien d’autre que le vent s’engouffrant sous les toits. J’hésitai encore quelques secondes à rebrousser chemin puis, je me fis violence, me reprochant d’être un misérable trouillard et de risquer de raté mon train, j’avais déjà perdu de précieuses secondes, si j’hésitais encore longtemps comme ça pour ce qui n’était à n’en pas douter qu’une pauvre blague d’imbécile. Je cédais néanmoins à un sentiment d’urgence et de danger. Je me savais ridicule, mais je pressais le pas tout en essayant de rester le plus silencieux possible, malgré le bruit non dissimulable de mes pas, et guettais le moindre bruit suspect. Je passais le pan de mur sur mes gardes et poussait un soupir de soulagement en découvrant l’angle mort vide. Je changeais tout de même de trottoir pour éviter de passer trop prêt de l’ouverture sur une cour intérieure… Et sursautais violemment quand dans ma poche, mon portable vibra. Je luttais plusieurs secondes, éternelles secondes, pour l’extraire de ma poche…

« Derrière toi, dans l’ombre, je te regarde ».
Cédant à la peur viscérale qui couvait sous ma peau depuis le premier message, je me suis mis à courir, à courir sans me retourner. Je sentais en moi la peur couler, dans mes veines brûler. Cette angoisse qui me prenait, qui me vrillait l’estomac, qui transformait mes jambes en coton, rendant ma course incertaine et désespérément lente à mes yeux. Cette boule dans ma gorge qui me serrait tellement que j’avais du mal à respirer, et ces larmes qui dans mes yeux m’aveuglaient. Je courrais à en perdre halène, contre le froid et l’obscurité, contre ma peur et ce danger inexplicable, ce prédateur invisible que je pouvais sentir sans le voir. Je courais aussi vite que je pouvais, mais j’avais l’impression de ne pouvoir lui échapper. Celui qui me traquait était dans ma tête, il lisait en moi, il voyait en moi. Et il était derrière moi. De désespoir, je ne retenais plus mes larmes, de peur je courrais, je courrais pour ma vie… Je faillis renverser une vieille dame en débouchant sur l’artère principale menant à la gare. Cette dernière que jeta un regard noire que je ne vis qu’à peine car je ne m’arrêtais pas. Je courrais encore et encore jusqu’à l’entrée de la gare. En rentrant, je vis un employé me regarder une seconde avant de replonger dans la lecture de son écran. Mon Dieu, j’avais perdu tant de temps. Mon train était à quai et s’apprêtait à repartir. Je passais le portillon aussi vite que possible et me précipitais dans le wagon en face de moi et rentrais de justesse la porte claquant derrière moi. Je m’accrochais à la rembarre de l’escalier menant au pont supérieur, incapable de reprendre mon souffle. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, il faisait une chaleur accablante dans mon manteau. Laissant passer une minute ou deux, mes battements se calmèrent un peu et je pus reprendre mon souffle. Retirant mon manteau, j’essayais de me rendre une certaine contenance. Avais-je réellement couru comme un fou sur prêt de cinq cents mètres à cause d’un message sur mon téléphone ? Je devais être complètement fou. Mon manteau dans la main, je grimpais en haut des escaliers, soulagé d’arriver enfin dans un lieu où le danger me sembla soudain complètement irréel, et regardait devant moi. Il y avait en tout et pour tout, deux personnes ici. Un vieil homme au teint basané qui lisait son journal et une femme qui me tournait le dos. J’allais m’asseoir sur les places devant elle. Je m’asseyais toujours à cette place, encore une habitude. En face de moi il y avait une vitre me séparant du porte-bagages. Et dans cette vitre se reflétaient les places derrière moi. C’est comme ça que je vis que la femme derrière moi était la jeune femme que j’avais croisé un peu plus tôt dans la rue. Cette fois, je la reconnus comme étant un des passagers souvent présent à cette heure le matin. Il n’y avait jamais beaucoup de monde à cette heure et l’on faisait vite son palmarès de visage familier. Je la vis se pencher en avant pour prendre quelque chose dans son sac entre ses jambes, mais je me désintéressais aussitôt d’elle. Je me sentais mieux maintenant. Cette histoire de message ridicule, ma réaction plus encore. C’est alors que mon portable vibra. Cette fois débarrassais de ma peur, je sortis tranquillement mon portable de ma poche, m’attendant à y trouver un message de mon anonyme faiseur de blague du même genre que les premiers. Seulement cette fois il ne savait pas que j’étais dans le train et que son stratagème ne prendrait plus… Pendant que je lisais le message, à l’orée de ma conscience je perçus un son, une vibration, qui se répéta, encore et encore, encore et encore pendant que je lisais ces quatre mots.

« Je suis derrière toi »
Je n’eus pas le temps de me retourner, la lame pénétra mon cou sur le côté, étouffant mon cri naissant, se fraya un passage à travers mes tendons et jaillit à l’opposé. Dans la même seconde, la main qui tenait le couteau de chasse fit un mouvement de va-et-vient pour ressortir la lame par le devant de ma gorge en sectionnant au passage mes artères et ma trachée, éclaboussant la vitre en face de moi, sur laquelle je vis le regard de cette femme empli d’une rage bestiale se fixer sur moi.

Et alors que je perdais connaissance, ma vue s’obscurcissant, ne pouvant plus lutter pour endiguer le flot de sang qui se déversait de ma gorge ouverte, sans comprendre ce qui m’arrivait, la femme se pencha vers mon oreille est murmura, d’une voix douce et paisible, remplie de tendresse.

« Je te l’avais pourtant dit ». Elle fit une pause, semblant profiter de chaque seconde qui passait pendant que les gargouillis de ma gorge s’estompaient et que j’étais déjà aveugle, juste encore assez conscient pour savoir que je mourrais. Juste assez conscient pour comprendre ses derniers mots.

« Regardes derrière toi ».

Le vieil homme, impuissant, assista à scène. C’est lui qui tira sur la tirette d’alarme, stoppant le train en pleine voie. Quand les policiers arrivèrent sur place, ils trouvèrent la femme qui tenait encore dans ses bras le corps de cet homme qu’elle semblait bercer. À ses pieds, baignant dans le sang, le couteau, sur lequel s’accrochaient encore quelques morceaux de chair. Plus tard, aux enquêteurs et aux psychiatres, elle expliqua son acte, mais c’était là, à l’évidence, les propos d’une démente. Elle raconta, comment durant les trois dernières années, elle avait pris le même train que lui, comment elle en était tombée amoureuse, comment chaque jour elle s’était mise juste derrière lui, espérant qu’il la remarque. Elle alla même jusqu’à déménager dans un appartement proche du sien et elle guettait son arrivée chaque matin, elle l’attendait pour sortir… Elle remarqua combien il était régulier dans ses déplacements et s’arrangea pour le croiser à différent moment, dans la rue, en faisant ses courses. Mais jamais il ne leva jamais le regard sur elle, ou trop subrepticement. Elle le suivait presque chaque jour sans qu’il la remarque. Elle n’osa jamais l’aborder et finit par lui en vouloir terriblement de ne pas voir combien elle l’aimait.
Alors un jour elle décida que si la vie ne les réunissait pas, la mort le ferait... Mais elle n’eut pas le courage suffisant pour se trancher la gorge avec la même lame qui l’avait tué comme elle l’avait souhaité, elle n’eut pas le courage de mourir sur les lieux même où était né son amour pour lui… Elle l’avait aimé et cet amour l’avait rendue folle… Elle fut déclarée irresponsable de ses actes et finit ses jours dans un quartier de sécurité de l’asile Sainte-Catherine dans le Val d’Oise…

Une légende était née, et depuis, chaque matin, quand ils prennent le train, beaucoup d’hommes regardent derrière eux…


--- Eleken,
Bon je viens de finir cette "petite nouvelle" (2500 mots, 15000 caractères quand même) à l'instant, j'espère qu'elle sera apréciée et que j'aurais tout plein de commentaire de ma lectrice préférée demain main :o)... Sur ce bonne nuit parce que là je ne tiens plus debout...
... ... ...
MAJ
Fin rajoutée sur les bons conseils de ma lectrice préférée :o)

vendredi 14 septembre 2007

Mal à l’estomac.

Ce mal d’estomac ne me lâchait pas. Probablement le kebab de midi qui ne passait pas. J’avais trouvé aussi que le goût était bizarre, plus animal que d’habitude, j’avais eu l’impression que la viande n’était pas très bien cuite, et à bien y réfléchir, je n’aurais peut-être pas du manger les morceaux avec les petits points blanc. Monter les escaliers menant à mon appartement se transforma en une épreuve, douleur croissante et flash insupportable se propageant dans mes poumons, dans ma colonne jusque dans mon crâne où elle explose en gerbe de couleurs dansantes, nuance de rouge. La douleur, tout le chemin du retour, était allé crescendo, mais assis dans le train, cela avait été beaucoup plus simple de le supporter. Je n’avais d’ailleurs repris conscience de l’étendue de la douleur qu’en devant me lever à la gare. Et tout le long du retour avait été une horreur… Ce trajet ne me prenait normalement qu’un petit quart d’heure… Là, j’ai eu l’impression de mettre une heure, marchant à petit pas, plié en deux… Et maintenant qu’enfin je voyais ma porte se découper dans le mur face à moi, j’étais suant et dégoulinant, ma chemise trempée me collant à la beau. Je me sentais sale et j’avais affreusement mal. Au moment où je mis la clef dans la serrure pour la tourner, la nausée monta d’un cran et j’eus peur de vomir ici dans le couloir. Me maîtrisant tant bien que mal, sentant la bile affluer dans mon œsophage, je tournais précipitamment la clef et entrais prenant juste le temps de claquer la porte derrière moi et, sans me retourner, je fonçais dans la salle de bain. Je relevais le battant et la lunette d’un même geste et me penchais en avant, persuadé que j’allais vomir tout le contenu de mon estomac. Je régurgitais effectivement un peu de bile, mais tout au plus deux cuillères à soupe qui vinrent flotter à la surface de l’eau tout en me brûlant horriblement la gorge. Mais loin de me soulager la douleur empira et me plia en deux, me jetant au sol. Je gémis en me tenant le ventre. Je m’aperçus à quel point il était tendu et dur. Quoique que j’ai attrapé, ce n’était certainement pas qu’une simple gastro-entérite. Après quelques minutes sans bouger, les muscles ankylosés et ayant affreusement froid sur le carrelage, la douleur reflua quelque peu et je me risquais à me relever tout doucement. Au moindre signe de douleur, je stoppais la procédure et patientais jusqu’à ce que cela passe. Mon ventre gonflé buttait lourdement contre ma ceinture que je défis et j’ouvrais mon jean ce qui me soulagea quelques peu. Dans la pharmacie au-dessus du lavabo je cherchais un quelconque médicament, mais je ne trouvais rien qui correspondit à mon souhait. La douleur revenait, la douleur empirait. Je me suis à nouveau penché au-dessus de la cuvette, craignant une nouvelle remontée de bile, un spasme m’a secoué, extrêmement douloureux, mais rien n’est venu. J’ai alors aperçu mon reflet dans le miroir. Les yeux injectés de sang, profondément enfoncés dans leurs orbites, le visage blanc perlant de sueur. Que m’arrivait-il ? J’ai alors pris la décision d’appeler le S.A.M.U. Quoiqu’il se passe, je n’avais jamais été autant malade et je commençais à avoir peur, très peur, de cette douleur qui n’en finissait plus et de mon estomac gonflé au point où j’avais l’impression que la peau allait rompre.

Mais je n’ai jamais pu approcher le téléphone, à peine avais-je fait trois pas que je devais m’immobiliser. Je fus pris de vertige, d’une nouvelle nausée qui me força à vomir sur le sol quelques nouvelles gouttes de bile… Puis du sang. Mon Dieu ! Je venais de vomir du sang, et la douleur qui ne cessait de croître. Ma vue se voila, mes larmes coulèrent sur mon visage. La douleur était telle que je n’arrivais presque plus à penser. J’avais les deux mains plaquées sur mon estomac quand je le sentis. Je sentis sous ma peau, à l’intérieur de moi, un mouvement. D’abord, je suis resté interdit, n’osant même plus respirer, sentant ce feulement sous mes doigts, ne sentant pas le filet de bave s’écoulant sur mon menton. Je baissais le regard et je le vis. À cet instant, j’aurais pu hurler, si je n’avais pas eu si peur. La peau de mon estomac ondulait, comme si des centaines de petites souris couraient sous ma peau. Et là où les déformations se faisaient les plus fortes, la peau distendue laissée voir une masse sombre qui s’agitait à l’intérieur de mon corps. Mes lèvres se mirent à trembler et mes jambes cédèrent sous moi, incapables de me soutenir plus longtemps, je tombais à genou sans quitter mon ventre des yeux. C’est alors que ce qui avait grandi en moi décida de sortir.

Un spasme d’une violence que je ne pouvais même pas concevoir avant cela me saisit et me cabra jusqu’à ce que ma tête touche le sol. J’avais l’impression que mes entrailles se liquéfiaient et sortaient par mon anus et ma bouche. Cette chose commença à forcer sur mon diaphragme pour remonter le long de mon œsophage. Je ne pus plus retenir mes cris de supplicié. Je hurlais, je pleurais, je hurlais encore plus fort. Le son de mon propre cri était étrangers à mes oreilles et trouvés ses racines dans le sanctuaire animal qui siège en chacun de nous. Je produisais un son immonde en vomissant sans vomir. Ma poitrine était agité de soubresaut violent quand finalement quelque chose en moi se déchira libérant le passage pour la chose.

Mon hurlement fut étouffé, pendant que de ma gorge, horriblement distendue, répandant dans tout mon corps une douleur insupportable, annihilant toutes pensées, cette chose s’extirpait. Je sentis, par-delà la douleur, son corps humide et mou arriver sur ma langue, répandant dans ma conscience un goût de terre et d’algue mêlée. Je tombais sur le côté, incapable du moindre mouvement pendant que cette chose s’extirper de ma bouche, d’abord sa tête, que je ne pouvais qu’à peine distinguer, frémit à l’extérieur. Un sifflement s’échappa de celle chose tandis qu’elle finissait de s’extrait de moi, me libérant enfin de l’asphyxie et me laissant respirer avec difficulté.

Je vomis à sa suite un liquide vert brun épais ainsi que des morceaux de chair roses et blancs. Était-il possible que cela fût des parties de moi, des morceaux de paroi de mon estomac et de mon œsophage ? Une seconde contraction et je vomis du sang, beaucoup de sang, épais et noir, dans lequel se mêlaient d’autres morceaux de chair. Cette chose m’avait déchiré l’intérieur, elle m’avait broyé pour sortir, et maintenant je saignais abondamment de la bouche. Je sentis également le liquide chaud se répandre dans mon pantalon. Dans ma panique je tendais de laisser fermer ma bouche, mais peine perdue, si je voulais respirer, que devais absolument l’ouvrir, mes narines étaient remplies de sang et de glaires. Après quelques secondes, je pus enfin lever les rouvrir les yeux et regarder autour de moi.

La chose était là, à quelques dizaines de centimètres de mon visage. Elle ressemblait à une musaraigne d’un mètre de long couverte d’écaille, d’une couleur jaune orangé sombre et dotée de quatre paire d’yeux noirs sans pupille. Cette horreur me regardait, ou semblait me regarder, en dodelinant de la tête qu’elle maintenait à quelques centimètres du sol. Le reste de son corps s’enroula autour du pied de la table. Elle baignait dans la même matière que j’avais régurgité avec elle. Elle siffla une nouvelle fois à mon encontre, et plus que tout, je sentis dans ce geste, l’annonce d’une attaque. Tel un serpent, cette chose me jaugée, prête à m’attaquer si je faisais un geste trop brusque…

Quand nous nous fumes extirpées de cette prison de chair, désorientées, nous regardâmes ce corps dans lequel nous avions pu nous développer. Nous aperçûmes l’immonde animal, saignant de la bouche, déjà à moitié mort, nous sentions ses forces l’abandonner. Nous savions que nous avions détruit trop de ce corps pour que l’hôte nous survive. Aussi nous attendîmes patiemment la fin, tout en le regardant fixement, nous nous assurâmes qu’il ne constituait plus une menace. Elle prîmes le temps de l’observer. Les dents plates, pas de griffes, pas de carapace. Cet hôte faible et impotent était idéal pour le reste de nos corps qui viendraient, à travers et par nous, notre race prospérerait à nouveau sur cette planète. En attendant, nous commencions à avoir faim…

À l’extérieur de mon appartement, on frappa à ma porte. Quelqu’un m’avait entendu hurler tout à l’heure. Incapable de me redresser, j’essayais de crier à l’aide, mais ma gorge me faisait horriblement souffrir et seul un son faible et incompréhensible en sortis. Je tentais de lutter contre l’évanouissement qui obscurcissait ma vision, mais je ne suis arrivais qu’à retomber mollement sur le sol, incapable de bouger, trop faible pour cela. Au désespoir, j’entendis les pas à l’extérieur s’éloigner dans le couloir. Pourquoi m’abandonnez-vous à ce monstre ici ? Comme si elle avait attendu ce signal, la chose quitta le pied de la table et se rapprocha en rampant de moi. Elle toucha ma tête du bout de son immonde museau puis glissa vers le bas de mon corps. Je gémis lorsque ses dents pénétrèrent la chair de mon aine. J’aurais voulu hurler mais je n’arrivais déjà presque plus à respirer… Mais je ne perdais pas connaissance. La douleur était pire que tout et j’appelais la mort de toute mon âme. Mais je n’arrivais pas à mourir. Je la sentis farfouillant parmi mes tendons, arrachant mes muscles, déchiquetant mes intestins… Doucement, trop doucement, elle s’enfonça dans mon corps qu’elle avait quitté quelques minutes auparavant, s’en nourrissant, se repaissant de moi… Et je la sentis, pendant longtemps, dévorant mes entrailles et déposant en moi ses œufs… Quand finalement… Enfin… Mon esprit s’abandonna à l’obscurité…


--- Eleken,
Bon là je suis épuisé, au dodo, ce fut plus long que prévu.
En espérant que cela fasse plaisir de bon matin :o)
Dans l'attente de nouvelles :oP