L’ami de noël
C’était bientôt Noël, plus que quelques jours, et le Père Noël serait là.
Thibaud avait l’habitude… Être seul à la maison. Son papa et sa maman travaillaient tous les deux toujours très tard, et souvent Thibaud dormait déjà quand son papa rentrait. Sa maman rentrait un peu plus tôt, quand le magasin fermait, et qu’elle avait réussi à compter tout ce qu’elle avait gagné dans la journée. Thibaud ne voyait pas souvent son papa et sa maman, mais du haut de ses six ans, il se pensait suffisamment grand pour ne plus pleurer… Si, parfois, il sentait qu’il ne pouvait plus se retenir de pleurer, alors Thibaud allait aux toilettes… Là, il laissait s’échapper de silencieux sanglots. Après ça allait mieux. Mais Thibaud se sentait quand même seul… Même quand Sophie, sa nounou était là pour le garder, ce n’était pas pareil. Sophie, ce n’était même pas une grande sœur, alors sûrement pas une maman.
Ce jour-là donc, Thibaud jouait dans sa chambre, avec ses petites figurines. La nuit était déjà tombée à l’extérieur, et Thibaud guettait en réalité les bruits de pas de sa mère qui devait arriver dans quelques instants… Alors, Thibaud agitait ses bonshommes, mais il ne jouait pas vraiment avec… Il attendait que sa maman rentre. Enfin, elle arriva. Thibaud courut en bas des marches d’escalier pour lui faire un bisou. Malheureusement comme souvent, sa maman était fatiguée et elle ne sourit pas beaucoup à un Thibaud malgré tout content. Il lui parla pendant qu’elle enlevait son manteau, lui parla pendant qu’elle préparait le repas, lui parla pendant qu’elle servait – il était tout content de pouvoir lui parler – tant et si bien qu’à la fin elle finit par le gronder un peu et lui dire de se taire. Thibaud, déçu, se tut. Après manger, la maman de Thibaud l’envoya se brosser les dents – ce qu’il fit, car c’est bien pour les dents de les nettoyer avant la nuit – et d’aller se coucher. Thibaud n’aimait pas le moment d’aller se coucher, parce que se coucher, ça voulait dire éteindre la lumière… Et dans le noir, c’est là que vivent les monstres… Et même si Thibaud n’en avait encore jamais vu, cela ne l’empêchait pas de ne pas aimer ça.
Son papa n’était toujours pas rentré quand sa mère vint le border. Elle lui fit un bisou sur le front et lui souhaita de faire de beau rêve… Et elle partit, laissant seul Thibaud dans le noir. Il se blottit dans sa couette, guettant les sons qui venaient d’en bas, espérant entendre son papa rentrer… Mais il dut s’endormir, car il ferma les yeux et quand il les rouvrir, la maison était complètement silencieuse. Mais quelque chose avait bien dû le réveiller, se dit-il. C’est alors qu’il entendit. Thibaud entendit le grincement de la porte du placard qui s’ouvrait. Tremblant de peur, il risqua un regard à l’extérieur. La porte du placard laissait passer dix centimètres d’obscurité abyssale… Une obscurité qui très lentement continuait de s’étendre, la porte continuant son immuable condamnation, continuant de s’ouvrir sur l’inconnu. Thibaud, sous sa couette, fut parcouru de frisson et ses dents commencèrent bien malgré lui à claquer. Thibaud serra très fort les poings et s’assura très vite que ses pieds étaient fermement coincés sous la couette sans aucune ouverture. Pas de trou, c’était la règle quand Thibaud avait peur. S’il n’y avait pas de trou, le pouvoir magique que ses parents avaient mis dans la couette continuerait à le protéger. Il n’y avait qu’un seul trou. Celui qui permettait à Thibaud d’observer la porte qui était maintenant ouverte de presque vingt centimètres et continuait silencieusement de tourner sur ses gonds. Thibaud savait qu’il ne devait plus regarder. Il savait qu’il devait fermer le dernier trou et rester à tout prix sous la couette. Il savait aussi que cela le privait du seul accès à l’air frais de la chambre et qu’il allait devoir s’endormir dans l’air surchauffé de la couette. Mais c’était là le prix pour survivre aux monstres qui hantaient ses nuits, alors s’il le fallait… Sauf qu’à chaque fois que Thibaud avait eu peur, quelque part dans sa tête, il savait que ce n’était qu’un mauvais rêve ou un bruit tout bête qui avait engendré dans son esprit un monstre à cause de noir… Mais là c’était différent. Thibaud avait très peur, la sueur coulant dans son dos. Il savait que là ce n’était pas pareil, qu’il y avait cette fois un vrai danger, un vrai monstre dans le placard. Un monstre qui, une fois la porte ouverte, révélerait ses dents acérées et jaunes et sauterait sur le lit pour le dévorer, couette ou pas. Trente centimètres, puis quarante… Thibaud crut que c’était lui, mais après avoir coupé sa propre respiration, il perçut très clairement le ronronnement rauque d’une respiration animal dans la chambre. Cette respiration emplissait le silence, menaçante, promesse de mort. N’y tenant plus, certain qu’il allait être dévoré par le monstre dans le placard, Thibaud bondit hors de son lit et se précipita dans le noir vers la porte. Il eut du mal à trouver la poignée et durant quelques affreuses secondes, il crut qu’il n’allait jamais arriver à sortir de sa chambre. Quand enfin la porte s’ouvrit, il se retourna vers le placard, le temps d’apercevoir deux yeux rouges et malfaisants qui le guettaient avant qu’il ne s’enfuie en hurlant vers la chambre de ses parents.
Cette nuit-là, le papa et la maman de Thibaud eurent énormément de mal à calmer leur enfant. Ils ont pourtant essayé. Lui dire que les monstres, ça n’existait pas, le consoler, le gronder, lui demander d’arrêter de pleurer. Finalement, son papa, un peu énervé quand même, se leva et alla jusqu’à la chambre de Thibaud pendant qu’il restait avec sa maman. Thibaud guetta, pendant les minutes qui semblèrent s’étirer à l’infini, les cris de son père, qui ne manqueraient pas de lui parvenir. Pourvu que son papa survive pria-t-il le monsieur du ciel. Même s’il n’était pas souvent là, Thibaud aimait son papa. Au moment où Thibaud eut la certitude que son papa avait été pris par surprise et n’avait même pas pu hurler avant de mourir, son papa revint dans la chambre et dit qu’il avait fouillé partout, pas de monstre dans la chambre à Thibaud. Alors, Thibaud suivit son papa et sa maman dans sa chambre et put voir son papa lui montrer de fond en comble le placard et lui montrer qu’aucun monstre n’aurait pu tenir dans un si petit espace… Mais Thibaud avait encore peur, alors après avoir encore beaucoup pleuré et supplié, sa maman laissa Thibaud dormir dans le lit de ses parents. Mais c’est la dernière fois, la prévenue sa maman.
Le lendemain, Thibaud était à nouveau dans sa chambre. Sa maman et son papa étaient partis travailler et, comme c’était les vacances, Thibaud était encore une fois à la maison. Sophie était en bas, en train de discuter avec une copine au téléphone et ne se préoccupait absolument pas du pauvre Thibaud qui guettait, en faisant semblant de jouer avec ses bonshommes, tous bruits suspects venant du placard, légèrement entrouvert pour lui permettre de scruter l’intérieur… Et c’est vrai qu’il n’y avait pas beaucoup de place dedans, pourtant Thibaud était certain d’y avoir vu les yeux rouges et qu’il n’avait pas rêvé cette nuit. Mais alors, où s’était caché le monstre ? Voilà une bonne question de son papa qui avait laissé un goût amer dans sa bouche.
Un bruit, un léger cliquetis, se fit entendre et Thibaud sursauta d’à côté de son lit, les yeux fixés sur le placard… Mais il ne vit rien, rien du tout… Mais quelque chose agitait des petites pattes en l’air sur le sol juste à côté de la porte. Il y avait une sorte de gros insecte vert-mauve renversé sur le dos sur le plancher. Enfin, une de ses petites pattes parvint à le redresser dans le bon sens, et immédiatement, il déplia de fines ailes membraneuses et prit son envol.
Le drôle d’insecte alla se poser sur la fenêtre où Thibaud courra immédiatement, très intéressé par cette découverte. À son approche, l’insecte reprit son envol. Il s’illumina d’une belle couleur verte et rouge et voleta autour de Thibaud, décrivant de joyeuses courbes dans l’air. Thibaud le trouva très beau et essaya de l’attraper avec ses mains. Après quelques minutes d’essai infructueux, Thibaud, qui avait complètement oublié les événements de la veille, décida de changer de stratégie. Il courut hors de sa chambre et descendit les escaliers pour aller dans la cuisine. Sophie était allongée dans le canapé et parlait toujours au téléphone, et ne fit absolument pas attention à Thibaud qui passait en courant. Dans le placard, il s’empara d’une barre chocolatée et remontât quatre à quatre les marches vers sa chambre. Une fois à l’intérieur, il chercha l’insecte et eut peur qu’il ne se soit enfui, car il ne le voyait nulle part. Mais il finit par le trouver, il s’était posé sur le coin supérieur de la fenêtre et agitait ses longues antennes en direction de Thibaud. Thibaud alla chercher un tabouret pour pouvoir atteindre l’emplacement et posa la barre de chocolat devant l’insecte. Celui-ci s’approcha et la renifla quelques secondes avant de se mettre à la dévorer goulûment. En quelques secondes, il n’en restait que quelques miettes que l’insecte s’affairât à manger. L’insecte se remit à voleter en produisant de la lumière verte alternant avec de l’orange, au grand plaisir de Thibaud. Celui-ci s’arrêta de sauter en l’air et décida que son nouvel ami devait avoir un nom. Il demanda à l’insecte s’il avait un nom ? Ce dernier continua à voleter en vrombissant. Thibaud redemanda encore une fois à l’insecte quel était son nom… Celui-ci émit alors un son haut perché, un crissement mêlé au vrombissement, que Thibaud aurait pu écrire comme cela, Luchryoupssssss. Thibaud se dit que c’était bien compliqué comme nom, alors il décida d’appeler l’insecte plus simplement. Désormais, l’insecte s’appellerait simplement Loupiotte. Heureux de sa trouvaille, Thibaud continua pendant plusieurs minutes à sautiller derrière son ami.
Par la porte du placard entrouverte, observant l’enfant depuis sa dimension, une créature effrayante observait la scène, le regard lançant des éclairs rouges de rage en direction de l’enfant. Elle découvrit ses longues dents pointues et émit un grognement qui ne passa pas la déchirure de l’espace-temps qui reliait son monde à la chambre. Elle décida qu’il était temps d’intervenir, c’était le moment ou jamais. L’enfant était seul, c’était le moment où il était le plus vulnérable.
Thibaud jouait toujours à tenter d’attraper Loupiotte ou juste à le suivre des yeux. L’insecte tournait autour de lui et déployait des trésors de beauté en produisant toutes sortes de lumière et de vibrations dans l’air. Thibaud ne vit pas la porte du placard s’ouvrir, repoussé par une main velue armée de doigts griffus. Le monstre sortit du placard. Il n’était pas très impressionnant du haut de ses soixante-dix centimètres, mais ses dents pointues et ses yeux noirs promettaient la douleur et la souffrance.
Thibaud cessa immédiatement de regarder Loupiotte quand il perçut le grognement sourd derrière lui. Il se retourna et vit le petit monstre poilu, hirsute et gris, qui levait les yeux vers lui. Thibaud eut l’impression qu’il allait s’évanouir, ses jambes tremblèrent et sans s’en rendre compte, il cessa de respirer. Le monstre courut sur Thibaud et sauta sur lui. Au dernier moment, Loupiotte vint s’interposer entre Thibaud et le monstre et le repoussa d’un grand éclair lumineux. Le monstre, la fourrure fumante sous l’effet de la décharge, se cacha sous le lit en gémissant. Thibaud en fut tout retourné. Loupiotte, le petit insecte lumineux défendait son nouvel ami. Ce dernier alla voleter près du placard en sifflant et semblait demander à Thibaud de s’approcher. Thibaud se releva et courut vers le placard où il comprit que l’insecte lui demander de se cacher. Thibaud ne savait pas trop, d’un côté le monstre venait de sortir du placard et se trouvait dans son dos sous le lit, trop prêt de la porte pour qu’il puisse risquer de tenter de l’ouvrir, de l’autre, justement le monstre sortait du placard. Il n’eut pas trop le temps de réfléchir. Un violent choc l’expédia dans le placard. Il mit ses mains en avant pour se protéger la tête quand elle allait rencontrer le mur du fond… Mais il ne ressentit aucun choc. Thibaud bascula dans la faille dimensionnelle et tomba pendant ce qui lui sembla une éternité. Il avait l’impression de flotter et des bruits bizarres parvenaient à ces oreilles pendant que des couleurs flashaient devant ses yeux. Et puis, il se retrouva assis sur le sol. Ses mains tracèrent des sillons dans la poussière quand il essaya de se relever. En se retournant, il fut fasciné par ce qu’il voyait… Et aussi, il devait bien le reconnaître un peu effrayé. Il se trouvait sur une sorte d’immense promontoire de roc, assez fin, où de chaque côté il voyait un précipice immense qui menait à une sorte de plaine beaucoup plus bas. Mais comme s’était très haut, Thibaud, qui s’était approché du bord, recula très vite. Le ciel avec une couleur rouge clair et les rochers était orange. Il pouvait voir, assez loin de lit, d’étranges plantes de couleurs rouge sombre. Et là, il eut très très peur tout d’un coup… Car à quelques dizaines de mètres, il aperçut un grand monstre poilu, bien plus grand que lui, qui tirait sur l’une de ces plantes. Il n’avait pas l’air de l’avoir vu, ce qui n’empêcha pas Thibaud de trembler de tous ses membres en reculant. Il regarda autour de lui, mais il n’y avait aucun endroit pour se cacher.
Il vit alors Loupiotte qui vint voleter vers lui. Thibaud en fut soulagé un court instant quand, sans comprendre pourquoi, le petit insecte fondit sur lui et brûla d’un éclair sa main qu’il avait tendue pour se protéger. Thibaud cria, plus par surprise que réellement de peur. Il se demanda qu’est-ce qui prenait à son ami de lui faire ça. Loupiotte alla se poser sur un rocher où commença une horrible métamorphose. Il commença d’abord par enfler, comme la grenouille dans le poème que sa maman lui avait raconté, sa carapace se dilater, craquer. Les ailes s’allongèrent considérablement pour atteindre une envergure de plusieurs mètres. En même temps, elles prirent la forme d’ailes de chauve-souris transparentes. Ses mains s’ornèrent de griffes et d’une immense pointe tranchante qui sortait du poignet. Les antennes étaient devenues de longues cornes noires recourbées vers l’arrière du crâne, de fins poils épars recouvraient maintenant son corps et son visage aux yeux rouge comme le sang. Ce qui avait été Loupiotte se redressa de toute sa hauteur et se tourna vers Thibaud qui fit bien malgré lui un pas en arrière tellement le monstre qui se dressait devant lui l’effrayait. Le monstre ouvrit la bouche et découvrit ses innombrables dents pointues, coupantes comme des rasoirs. Thibaud ne put se retenir de crier un peu quand il reconnut les yeux qu’il avait vus l’autre nuit dans son placard. Il recula encore.
C’est alors qu’il reçut un nouveau coup dans le dos qui le fit tomber en avant. En se retournant, il vit le petit monstre poilu de tout à l’heure qui le regardait en grognant… Lui aussi venait de rentrer dans son monde. Thibaud était terrifié, comment allait-il se sortir de piège monstrueux. Le petit monstre poilu commença lui aussi à enfler, à grandir, devenant de plus en plus effrayant… Mais en même temps, ses dents de pointues devinrent plates et épaisses comme celle d’un personnage à la télé que Thibaud aimait bien, alors il devint plus rigolo à voir qu’effrayant… Mais bon, comme il continuait de grogner sur Thibaud, il avait quand même encore bien peur. Le petit monstre poilu – qui était devenu bien grand maintenant – s’avança vers Thibaud qui tomba à nouveau sur les fesses en se protégeant le visage de la main… Le monstre poilu l’enjamba et se précipita sur l’autre monstre à carapace. Le choc fut terrible, la poussière se souleva, les cris et les sifflements furent énormes. Le monstre à carapace mordit le monstre poilu qui hurla de douleur et qui riposta avec de nombreux coups de poing. Les deux adversaires roulèrent sur le sol, se rapprochant dangereusement du précipice. Thibaud, terrifié, mit ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre le bruit de la lutte et ferma très fort les yeux. Il pria très fort le monsieur du ciel pour que les deux monstres partent et que, quand il rouvrirait les yeux, il soit à nouveau dans sa chambre. Finalement, il ne tint plus souleva une paupière, le monstre poilu était sous le monstre à carapace qui le griffé et coupé sa peau. Bien malgré lui, les mains de Thibaud quittèrent ses oreilles et il ouvrit les yeux. Au même moment, dans un sursaut féroce, le monstre poilu rejeta le monstre à carapace sur le côté, qui glissa jusqu’au précipice et qui ne put pas se rattraper dans la poussière. Il tomba en sifflant horriblement, un sifflement qui s’amenuisa à mesure de sa chute et qui cessa soudainement. Le monstre poilu se releva et, en claudiquant un peu, s’approcha de Thibaud… À qui il fit un grand sourire en se frappant la poitrine et en montrant le précipice.
Thibaud compris qu’ici les êtres n’avaient pas forcément la même apparence que dans son monde et qu’ici, leur véritable nature devenait évidente. Il comprit que tout ce temps, le petit monstre poilu avait tenté de le sauver des griffes du monstre qui à présent avait disparu dans l’abîme. Voilà pourquoi il avait cru que Loupiotte essayait de le défendre. C’est parce que le petit monstre poilu attaquait en réalité l’insecte. Thibaud comprit qu’il ne devrait plus jamais se fier à l’apparence. Ce n’est pas parce que quelqu’un fait un grand sourire qu’il est forcément gentil, ni s’il fait un peu peur que c’est un méchant… Il n’y a que dans leur propre monde que les monstres révèlent leur véritable nature.
Le monstre poilu passa devant Thibaud en pointant du doigt un endroit dans le ciel. Thibaud regarda sans comprendre, quand le bout du doigt du monstre disparu dans l’air, suivit son bras et sa première jambe. Il se retourna et fit des signes encourageant Thibaud à le suivre… Le monstre finit par disparaître complètement. Thibaud hésita, puis regarda à nouveau autour de lui et décida qu’il ne voulait pas rester là. Il enfonça sa main dans l’air, qui disparut comme celle du monstre. Il agitât les doigts et il les sentit bouger même s’il ne les voyait pas. Alors, il fit un pas de plus et un de plus… Et puis il eut l’impression de tomber…
Le petit monstre poilu aida Thibaud à s’extraire de la faille dimensionnelle. Thibaud le remercia de tout cœur et le serra dans ses bras, ce qui sembla mettre le petit monstre mal à l’aise. Celui-ci fit un pas vers la faille, mais Thibaud le retint. Il lui demanda s’il reviendrait ? Le petit monstre fit oui de la tête. Thibaud en fut content. Il lui demanda alors s’il avait un nom… Mais le petit monstre eut l’air triste de la question et secoua la tête de droite à gauche. Thibaud comprit que, dans son monde, les monstres n’avaient pas de nom. Alors, Thibaud posa une main sur la petite épaule velue de son nouvel ami et lui donna solennellement un nom. Désormais, le petit monstre s’appellerait Bouledepoil. Bouledepoil eut l’air très heureux de ce baptême et sourit de toutes ses dents pointues – qui faisaient beaucoup moins peur maintenant – à Thibaud tout joyeux de sa trouvaille. Puis il sauta dans la faille et disparut…
Le jour de Noël, Thibaud jouait dans sa chambre avec ses nouveaux jouets. Encore seul comme toujours, quand sa maman rentra sans prévenir dans sa chambre. Elle le trouva en grande conversation avec ses bonshommes en plastique tout neufs qui semblaient avoir trouvé refuge dans une pantoufle. La porte du placard était entrouverte. Elle avait été surprise quand son fils lui avait dit, une semaine auparavant, que désormais il préférait dormir avec la porte du placard ouverte parce que, lui avait-il dit, il n’avait rien à craindre du monstre du placard. Elle avait trouvé ça étrange, mais préférait ça aux hurlements nocturnes de son fils quelques semaines avant quand il faisait encore ces horribles cauchemars. Elle demanda à son fils si tout allait bien et s’il n’avait besoin de rien. La maman de Thibaud sorti enfin, rassuré que par les paroles de l’enfant souriant, et parti rejoindre son papa occupé à monter le nouveau super appareil pour maman très compliqué et très cher que le Père Noël lui avait amené. Bouledepoil put alors sortir de sous le lit et fit un grand sourire rayonnant à Thibaud qui rigola gaiement. Thibaud joua avec son ami jusque tard dans la nuit avant de s’endormir, rayonnant de bonheur…
Depuis ce jour, Thibaud ne s’est jamais plus senti seul, car il savait que partout où il irait, il y aurait un placard… D’où son ami pourrait le retrouver.


