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	<title>Eleken Traski - Ecrivain - Okedomia &#187; Nouvelles</title>
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	<description>Le blog d'un jeune écrivain qui se cherche</description>
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		<title>Des cailloux &#8211; partie 04</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Sep 2009 11:58:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[cailloux]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[texte]]></category>

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		<description><![CDATA[La morgue était basse de plafond. Les murs de pierres épais étaient recouverts de chaux blanche. Le corps du libraire reposé sur une table de bois. Son abdomen était déjà ouvert et le légiste avait terminé quand Lornbeck était arrivé sur place.
« Tenez donc inspecteur, vous avez raté les hors-d’œuvre », lança le légiste Waslerd à l’arrivée [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La morgue était basse de plafond. Les murs de pierres épais étaient recouverts de chaux blanche. Le corps du libraire reposé sur une table de bois. Son abdomen était déjà ouvert et le légiste avait terminé quand Lornbeck était arrivé sur place.</p>
<p>« Tenez donc inspecteur, vous avez raté les hors-d’œuvre », lança le légiste Waslerd à l’arrivée tardive de Lornbeck.  Carl Waslerd était l’un des rares hommes de Londres à apprécier Lornbeck. Ils étaient même sortis ensemble  à l’occasion boire quelques whiskies. Ce que Waslerd appréciait chez le gros bonhomme était ce que les autres lui reprochaient. Un être taciturne et mordant à l’intelligence acide et la répartie brûlante. Lornbeck appréciait d’autant son interlocuteur par la nature et la qualité de son travail. Il appréciait aussi que, contrairement à la plupart de ses collègues, ce dernier ne semblait jamais le prendre de haut. Il ne se souciait pas de son apparence ou de ses vices et appréciait simplement l’esprit qui lui faisait face.</p>
<p>« Désolé Carl, j’ai du mal avec mon foie ces derniers temps. Qu’avons-nous dites moi. » Le légiste regarda Lornbeck une seconde de trop. Il ne voulait pas montrer de la compassion pour l’inspecteur, il savait qu’elle ne serait pas appréciée, mais il avait de la tristesse pour cet homme qui, selon toute vraisemblance, ne passerait pas l’année. Il voyait à son teint cireux et à sa respiration essoufflée que son corps était épuisé.</p>
<p>« Et bien inspecteur, je n’ai pas grand-chose pour vous malheureusement. » Waslerd n’appelait jamais Lornbeck par son prénom, il savait que cela l’irrité. Il avait cru comprendre qu’il avait hérité ce prénom de son père défunt avec lequel il n’était pas en bon terme. Il n’était jamais allé à oser demander pourquoi, aussi, quand il ne l’appelait pas par son nom, il disait simplement inspecteur.</p>
<p>« L’identité de l’homme est certainement la bonne. Il a l’âge et la corpulence décrite correspondent pleinement. La strangulation est bien la cause de la mort même s’il y a un point intéressant sur lequel je vais revenir juste après. Lornbeck leva un sourcil. La strangulation donc, a entraînée la mort par suffocation comme l’a confirmé l’état des poumons. Par contre elle n’a pas était franche. Celui qui l’a pratiqué n’était soit pas très fort, soit pas très décidé, c’est impossible à dire. Peut-être une autre femme. Il y avait d’autres traces laissé par le meurtrier. Enfin pas grand-chose, des trace de boue noire mêlée à la plaie et sur les épaules. Celui qui a fait ça avait les mains sales. C’était une boue sale et très humide comme on en trouve un peu partout sur les bords du fleuve. Honnêtement cela me fait penser à un crime de vagabond comme j’en vois des dizaines chaque année. »</p>
<p>Lornbeck accueillit cette nouvelle avec circonspection. Cela ne cadrait avec ses impressions. Il ne garda de reprendre Waslerd, ne voulant pas le froisser dans son professionnalisme mais il était certain à cet instant que le légiste se trompait.</p>
<p>«  Sinon, il y a le fait que notre homme allait mourir de toute façon. »</p>
<p>Cette fois l’étonnement de l’inspecteur fut beaucoup plus perceptible. « De quoi donc ? » questionna Lornbeck.</p>
<p>« Et bien l’état de déshydratation du corps et les sels retrouvaient dans ses intestins indiquent une forme de choléra. Par contre, et je ne sais pas si cela à un intérêt pour l’enquête, la contamination n’a pas l’air récente. Normalement, vous le savez peut-être, le choléra tue en quelques jours, principalement du fait de la déshydratation. Ici, les effets ont semble-t-il étaient limités mais sont a un état très avancé. Il s’agît peut-être, Dieu nous en garde, d’une nouvelle forme de cette maladie. Je pense que cet homme était malade depuis des semaines. Peut-être des mois. Ses organes sont dans un état effroyable. Je pense qu’il n’en avait plus que pour quelques jours. Il devait hurler de douleur à chaque fois qu’il allait se soulager. Cela peut aussi indiquer qu’il ait séjourné dans un milieu contaminé et qu’il ait bu de l’eau croupie provoquant de multiples infections successives. »</p>
<p>Lornbeck se mit à réfléchir à toute allure. Cela n’était probablement rien mais il y avait peut-être une concordance à ne pas écarter. Le libraire souffrait ou avait souffert du cholera de manière chronique. Celui ou celle qui l’avait tué avait les mains couvertes de boue. Cela ne ramenait à un point d’eau croupie. C’était probablement une pure coïncidence et la boue n’avait pas le moindre rapport… mais si cela avait un rapport ? La tête de l’inspecteur bouillonnait d’images diverses. Son esprit cherchait une solution. La Tamise était très polluée. Le cholera n’était pas très ancien dans la ville. Pourtant, il faillait que la solution fut plus simple que des kilomètres de berges sans rapports. Les égouts. Depuis plusieurs années, la ville faisait construire un réseau d’égout sous la ville. Ils étaient encore en travaux mais une partie était déjà active. Et que trouve-t-on dans les égouts si ce n’est une eau impropre et chargée de maladies. Il sentait là une solution correcte. Pas une simple déduction, mais quelque chose qui faisait que son instinct plantait ses ongles dans sa conscience pour lui hurler la bonne réponse. Cette affaire avait certainement trait aux égouts. Quelqu’un qui travaille à la construction de ces égouts. Le problème c’est qu’il avait des kilomètres d’égouts et des centaines d’hommes y travaillant. Ça, le train souterrain, Lornbeck ne serait pas surpris si un jour la ville s’effondrait sur elle-même. Il lui faudrait réunir d’autres éléments s’il voulait trouver une issue au problème dans les délais dont il disposait.</p>
<p>« Je ne sais pas, en effet si cela apportera du neuf à l’enquête mais c’est un piste à considérer. Merci pour cette analyse Carl. Je vais me rendre chez cet homme tout de suite. Je prendrai garde de ne pas boire l’eau de son puits » conclu Lornbeck avec un sourire complice pour son ami que ce dernier lui rendit.</p>
<p>« Au plaisir inspecteur, à bientôt » lança d’un ton volontairement détaché Waslerd. Dieu seul savait s’il reverrait le gros bonhomme de son vivant.</p>
<p>Lornbeck héla un énième fiacre. Bien sûr il détestait ce mode de transport incommodant pour son état, mais il n’était pas capable par lui-même de faire les deux kilomètres qui le séparait de la maison du libraire. Trois jours avait dit Haustatsh. Il ne lui en restait que trois pour comprendre ce qui était arrivé à sa femme et coincer le meurtrier du petit homme. Il rajusta son pantalon dont la ceinture le serrait trop et lui cisaillé le ventre de douleur puis s’assit lourdement sur le petit strapontin de bois en indiquant l’adresse au cocher.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Asling McDigger creusait la terre et le roc depuis près de cinq heures déjà.  C’était un irlandais pur souche de forte charpente qui ne craignait ni la maladie ni les malfrats. Sa pioche s’abattait en cadence depuis l’aube, occupé à creuser un nouveau tunnel pour l’écoulement des eaux de la ville. Ce travail souterrain était dur mais le mieux payé qu’il est pu trouver ici avec ses cheveux roux. Les anglais ne sont pas prompt à embaucher un irlandais, surtout de cette carrure et avec ce regard. Il détestait son chef, un anglais fainéant qui leur donnait des ordres comme à des chiens. Le jour où il partirait d’ici il s’était promis de lui arranger le portrait. Pour le moment il subissait en silence. D’autant plus qu’il avait toute les peines du monde à repérer facilement son outils chaque matin. Il avait en effet hérité du mal de son père. Il ne voyait pas les couleurs. Seulement la lumière. Par contre il voyait bien mieux la nuit que quiconque. Le problème était que son outil portait un fanion rouge comme on lui avait dit. Heureusement il y avait Russel. C’était un jeune homme qui avait compris son embarras sans poser de question. Et chaque matin, le gamin indiquait au grand roublard quel outil lui était affecté dans l’équipe. Par chance aussi, c’était presque toujours une pioche.</p>
<p>A cette heure, les autres venaient d’arrêter pour prendre une pause. Asling voulait finir son travail continuait encore quelques minutes préférant écourter sa pause. Quand il eut finit de donner des coups de pioche, il s’épongea le front du revers de la main et se mit en route vers la sortie. Avec tous ces tunnels qui s’entrecroisaient, les égouts commençaient à ressembler à un labyrinthe et s’il ne les avait pas creusé lui-même Asling aurait sans doute eu peur de s’y perdre. Il avait déjà fait la moitié du chemin quand il déboucha dans un tunnel secondaire menant le plus directement au jour. Il perçu un léger bruit d’éboulement derrière lui et se retourna. Il vit ce qu’aucun autre n’aurait vu. La silhouette d’un enfant. Peut-être douze ans à tout vendre, debout dans le tunnel. Il portait un pantalon de toile sale à bretelle et rien pour couvrir son torse frêle.  Il s’enfuit. Asling l’appela.</p>
<p>« He ! Le môme ! C’est dangereux là-dedans ! Ais pas peur, viens avec moi ! »</p>
<p>Mais le gamin ne ralentit pas est tourna dans un autre tunnel. Asling le regarda s’enfuir sans arriver à bouger, incertain de la démarche à adopter. Devait-il aller voir les autres et les prévenir ou ne rien. Après quelques secondes, il se mit en charge de poursuivre le gamin en jurant. Il ne voulait pas d’une mort pour hanter ses nuits.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Lornbeck descendit lourdement du fiacre et, pendant quelques secondes, crut ne jamais pouvoir tenir sur ses jambes. Le cocher lui demanda s’il avait besoin d’aide. Le gros bonhomme lui répondit de s’occuper de son travail et de chercher un nouveau client. Le cocher parut un peu choqué de cette réponse, puis repartit, un peu trop vite. L’inspecteur pris le temps de souffler un peu avant de se redresser complètement. La douleur commençait à se calmer. Il avait des doutes maintenant. Sa quête était-elle vraiment justifiée ? Il n’éprouvait même plus du chagrin, plus de colère. Là où il était, il avait simplement mal. Il avait envie d’en finir. Il se retourna.</p>
<p>La bâtisse était noire et menaçante sous le ciel épais et lourd.  Et semblait regarder l’inspecteur avec hargne, l’invectivant à oser pénétrer dans ses deux étages. Les fenêtres étaient poussiéreuses, habillaient de rideaux noirs. Les passants n’étaient pas nombreux. Aucun n’était du même côté de la rue que lui.</p>
<p>Lornbeck remarqua tout de suite ce qui clochait sur la façade. Il prit le temps de bien peser la question avant de s’engager sur les marches du perron.</p>
<p>La porte était entrouverte.<em> </em></p>
<p style="text-align: right;">&#8212; Eleken,<br />
bon j&#8217;écris mais où est mon coup de fil !?</p>
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		<title>Des cailloux &#8211; partie 03</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Sep 2009 16:36:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mes textes]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[Le jour s’était assombri quand Lornbeck fit finalement surface de la cave. Il avait passé longtemps à rester silencieux, pleurant sans bruit en bas dans la cave. Tellement longtemps que l’officier qui attendait en haut avait fini par s’en inquiéter et était venu s’enquérir de nouvelles en haut de l’escalier. Il n’osa cependant pas descendre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jour s’était assombri quand Lornbeck fit finalement surface de la cave. Il avait passé longtemps à rester silencieux, pleurant sans bruit en bas dans la cave. Tellement longtemps que l’officier qui attendait en haut avait fini par s’en inquiéter et était venu s’enquérir de nouvelles en haut de l’escalier. Il n’osa cependant pas descendre ce qui laissa à Lornbeck suffisamment de temps pour se reprendre et répondre qu’il continuait la relève d’indices. Cela intrigua l’officier car il ne semblait pas y avoir là une affaire requérant tant de temps mais il ne se permit pas, loin de là, d’émettre le moindre commentaire. Le médaillon glissé au creux de sa poche, Lornbeck avait demandé au jeune officier que fût envoyé dès que possible le lieutenant Alpeed pour relevé les indices près de la chaudière. Lornbeck avait en effet, quand il avait retrouvé sa lucidité, relevé des petits éclats blancs devant et sur le pourtour de la porte de celle-ci. Il n’en était pas sûr, mais il pensait qu’il pouvait s’agir d’éclats d’os. En vérité, il en était presque certain, son instinct l’orientant vers un possible tueur récidiviste. Sa femme, il en était sûr, était l’une de ces victimes. Il devrait toutefois garder ce point secret s’il ne voulait pas que le commissaire Haustatsh lui retire l’affaire un peu trop vite.</p>
<p>Une douleur le vrilla au niveau de l’estomac quand il s’engagea sur les marches ralentissant un peu plus son pas trainant. La maladie ne lui laisserait plus de répits jusqu’à sa mort. Il le savait. Il y était résigné depuis de longues semaines. Mais de là à supporter cette douleur. Chaque pas le conduisant au rez-de-chaussée augmenta sa colère. Le désespoir qui l’avait submergé en bas se muait en haine contre le libraire. En haine contre ces assassins qui laissaient derrière eux de trop nombreux cadavres. Sa femme avait disparu est, en quelque sorte, il avait finit par en faire le deuil en comprenant qu’il était lui-même proche de la fin. Il n’aurait probablement pas réagit différemment s’il l’avait découverte heureuse avec des enfants et un autre homme. Elle n’en aurait pas était moins morte à ses yeux.</p>
<p>Il donna ses ordres d’un souffle court à l’officier en poste. Son bras, fébrile, le soutenait appuyé sur le comptoir. Sa chemise se collait à sa peau sous l’effet de la sueur. Il se sentait vieux. Il se savait finit. Son corps ne l’accompagnerait pas beaucoup au-delà de cette enquête. Un homme sent quant il va mourir. Lornbeck le sentait à cet instant précis. Et cela le soulagea plus qu’aucune autre nouvelle. Cette vie misérable se terminait. Rien, aucune peur, ne pourrait l’empêcher de terminer cette enquête.</p>
<p>« Après avoir contacté Alpeed, dit-il, envoyez le légiste récupérer les deux corps ce soir et par pitié fermez cette porte en partant et laissez moi les clefs à mon bureau au commissariat pour que demain je puisse revenir si besoin est. »</p>
<p>Le jeune homme se renfrogna devant cette série d’ordres débités en vitesse et sans aucune politesse. Il confirma les ordres et ferma derrière lui en partant, marmonnant sur sa soirée foutue, tout ça pour trouver ce lieutenant et le légiste. Le pire étant de devoir revenir pour récupérer les corps sans pouvoir donner la clef au légiste. Une affaire qui aurait pu se faire plus tôt si le gros bonhomme s’était un peu plus pressé dans la cave. Il espérait ne plus entendre parler de ce type. Il ne l’aimait vraiment pas.</p>
<p>Quand Lornbeck arriva au commissariat, après un nouveau voyage en fiacre, son foie le faisait horriblement souffrir. Il n’eut pas de répit. L’officier du matin vint à sa rencontre à peine arrivé.</p>
<p>« Bonsoir, le commissaire veut vous voir immédiatement, Inspecteur. »</p>
<p>« Il ne perd pas de temps dites-donc », répondit hasardeusement Lornbeck. « Excusez moi jeune homme, mais il ne me semble pas vous avoir vu ici avant aujourd’hui, vous êtes nouveau ici non ? »</p>
<p>« Je suis en poste ici depuis trois semaines monsieur. Officier Abberline, Frederick Abberline monsieur. »</p>
<p>« Tant que ça, répondit Lornbeck, surpris par sa propre défaillance, est bien Abberline, tachez de me laisser une seconde pour respirer la prochaine fois. »</p>
<p>Le jeune officier fut piqué au vif mais tacha de le montrer le moins possible. Il s’excusa et tourna les talons, contrôlant de son mieux la colère qui le taraudait de répondre à ce gros bonhomme qui restait un de ses supérieurs.</p>
<p>Haustatsh était tout le contraire de Lornbeck. A peine plus âgé que lui, pas encore cinquante ans, il respirait la santé. Son corps était celui d’un homme en pleine forme, s’astreignant à un exercice quotidien et à une hygiène de vie simple et sans abus. Etait-ce pour cela que, du premier jour où les deux hommes s’étaient rencontrés, il n’avait jamais pu s’apprécier ? Tout juste se contentaient-ils d’une politesse de rigueur sans jamais rien échangé sur leur vie.  Pour quelqu’un comme Haustatsh, il ne faisait aucun doute que la femme de Lornbeck avait quitté son inspecteur pour fuir vers une vie moins sordide, probablement avec un autre homme qui aura su se montrer plus agréable à l’œil et à la verve. Ce n’est, en effet, pas un homme comme Lornbeck qui pouvait rivaliser de poésie. Bien qu’aimant et attaché à sa femme, il n’a jamais su le montrer et distiller cet amour. Il rentrait le soir, mangeait ce que sa femme avait préparé. Parfois il ne rentrait pas du tout, occupé sur une affaire ou entre les mains frivoles d’une putain des quartiers pauvres. Non, Haustatsh n’aimait pas Lornbeck, tout les opposait. Lui avait une femme et quatre enfants en pleine forme, il était svelte et sa langue était agréable à l’écoute.</p>
<p>Lornbeck frappa à la porte ouverte et entra sans attendre d’y être invité. Haustatsh fit mine de ne rien remarquer et anticipa le geste déjà entamé de son inspecteur en l’invitant à s’asseoir. Le commissaire regarda Lornbeck droit dans les yeux. Scrutant le regard de cet homme qui ne semblait pas fait pour être dans la police. Son teint jaunâtre indiquait qu’il souffrait du foie, ce qui ne l’étonnait pas quand on voyait la corpulence du bonhomme. Il savait néanmoins que, derrière cet aspect peu avenant et son comportement d’asocial, Lornbeck était un bon inspecteur. Il n’empêche qu’il ne l’aimait pas et qu’il ne ferait rien pour le soulager de ses souffrances morales ou physique.</p>
<p>« Dites-moi Lornbeck, que pensez-vous de l’affaire ? Est-ce réglé ? »</p>
<p>« J’en doute. Il y a là bien plus qu’une affaire de double homicide ». Et Lornbeck passa le quart d’heure suivant à expliquer au commissaire ses impressions sur l’affaire, omettant logiquement de mentionner le médaillon et par la même de préciser la nature personnelle que revêtait l’enquête. A part cela, il dit tout. Les deux strangulations distinctes, les deux auteurs présumés des deux meurtres. Le libraire et un inconnu restant à découvrir. Il signala également les éléments troublants, les morceaux dans la chaudière, l’absence de traces concordantes. Ses convictions profondes.</p>
<p>« Vous croyez à un tueur habile et compulsif, répétant ses crimes par envies ? » le coupa Haustatsh. Son ton n’était pas celui d’un homme non convaincu, il cherchait juste à déstabiliser Lornbeck.</p>
<p>« Oui monsieur. » L’inspecteur n’ajouta rien. Il savait que s’il essayait de justifier ses conclusions avec le peu d’éléments qu’il avait, Haustatsh utiliserait son argumentaire contre lui en démontrant son absence de point fort. Le commissaire attendit et, voyant que cela ne servait à rien, continua.</p>
<p>« Ces cas sont bien rare pourtant Lornbeck. Vous dites que vous avez envoyé Alpeed sur le terrain. Et bien attendons qu’il fasse sont rapport.  Nous verrons ensuite. »</p>
<p>Lornbeck se réjoui intérieurement, Haustatsh ne pourrait pas l’empêcher d’enquêter, il avait gagné la partie.</p>
<p>« Monsieur, dans l’attente j’aimerais dès demain matin, me rentre à la maison du libraire. Peut-être y trouverais-je des preuves étayant mes suppositions. Au moins il découvrirais-je peut-être  la nature de l’homme avec la victime et éventuellement avec son propre meurtrier. »</p>
<p>« Faites donc, mais si l’affaire est ce que vous dites, ne pourchassait pas trop longtemps l’agresseur du meurtrier, il n’aura fait que justice. En tout cas, je vous laisse trois jours à compté de demain. Si cette affaire prend trop d’ampleur ou bien si par votre faute elle n’avance pas, je la transférerais à un autre inspecteur plus vif. »</p>
<p>Lornbeck encaissa sans broncher. Il s’attendait à cette pique. Il avait l’habitude d’être considéré comme un raté par son supérieur. Mais il n’avait pas l’intention de laisser cette affaire lui passer sous le nez. Il voulait savoir ce qu’il était advenu de sa femme et comptait bien avoir ses réponses demain matin.</p>
<p>Il prit congés de son supérieur et rentra chez lui. Quand Lornbeck se coucha se soir là, il était pâle, en sueur, fatigué. La douleur à son estomac était pire que tout, même après quatre whiskies secs. Il dormit peu et le peu qu’il arriva à dormir fut d’un sommeil enfiévré et emplit de cauchemars dans lesquels il voyait sa femme hurler dans le feu de la chaudière, le petit libraire se tenant à ses côtés, l’empêchant de la sauver. Il se leva en retard le lendemain. Une sueur froide lui collant au front. Il dut se faire violence en se débarbouillant à grandes eaux glaciales pour arriver à s’éveiller de ses cauchemars. Il eut du mal à s’habiller à cause de la douleur. Il bu au goulot de grande lampée de whisky avant de partir pour le commissariat.</p>
<p>Quand il arriva à son bureau, un peu trop tard, il trouva une lettre sur son bureau. Elle était de l’officier qui l’avait secondé à la boutique du libraire. Le légiste l’attendait à la morgue. Il ferait l’autopsie se matin et il pouvait y assister sur les coups de huit heure trente. Lornbeck regarda sa montre à gousset. Il serait en retard. Tant pis, il arriverait pour avoir les conclusions du légiste. De toute façon, il n’attendait pas grand-chose que de l’autopsie. Après, il se rendrait à la maison du libraire.</p>
<p>Lornbeck chercha Alpeed des yeux mais ne le trouva pas. Tant pis, il suivrait son instinct.</p>
<p>Il plongea la main dans sa poche et serra le médaillon qui se trouvait là. Un sentiment étrange l’habitait depuis la veille. Une sorte de désespoir furieux. Il ne souciait plus de sa vie désormais. Il trouverait le tueur du petit libraire et vengerait son honneur en l’arrêtant. A travers se geste, il sentait qu’il aurait la satisfaction d’avoir agît pour sa femme. Et pour lui.</p>
<p>Lornbeck remit son chapeau et fila vers la morgue aussi vite que son corps acceptait de le pousser.</p>
<p>Il ne lâcha pas le médaillon du trajet.</p>
<p style="text-align: right;">&#8212; Eleken,<br />
Je l&#8217;ai écrit un peu vite, j&#8217;espère que cette partie de transition comblera l&#8217;attente <img src='http://www.okedomia.com/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';)' class='wp-smiley' /> </p>
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		<title>Des cailloux &#8211; partie 2</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Sep 2009 16:33:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Inspecteur Lornbeck ? »
L’homme aux épaules voutées et la bedaine proéminente releva les yeux. Il regarda le jeune officier blond avec encore des taches de rousseur de haut en bas, les yeux animés d’un dédain perceptible qui mit immédiatement mal à lèse le jeune homme.
« Oui » dénia-t-il répondre finalement en soulevant un peu plus son triple menton.
« Il y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Inspecteur Lornbeck ? »</p>
<p>L’homme aux épaules voutées et la bedaine proéminente releva les yeux. Il regarda le jeune officier blond avec encore des taches de rousseur de haut en bas, les yeux animés d’un dédain perceptible qui mit immédiatement mal à lèse le jeune homme.</p>
<p>« Oui » dénia-t-il répondre finalement en soulevant un peu plus son triple menton.</p>
<p>« Il y a eu un double homicide, à <em>Dennet Road</em>, derrière <em>Bishop </em>et on vous demande dessus monsieur ».</p>
<p>« Qui me demande, mon garçon ? »</p>
<p>« L’officier Haustatsh, monsieur »</p>
<p>L’inspecteur encaissa l’informa sans broncher, avec résignation. Il n’aimait pas son supérieur et s’était réciproque, mais s’il fallait y aller, il irait. Si Haustatsh le mettait dessus, c’est que cela ne devait pas être très bon. Comme chaque dimanche à l’église. Ou bien, comme pour lui, au cabinet après chaque repas. Sa masse s’ébranla et, dans un grincement de chaise, il se leva doucement. Le jeune officier le regarda et se promit en son for intérieur de ne jamais ressembler à cet homme en vieillissant.</p>
<p>Lornbeck prit son manteau et son chapeau assortit de couleur beige et sortit de son bureau. Il descendit les deux étages de la bâtisse de son pas lourd. Quand il atteignit le rez-de-chaussée, il était déjà en sueur et son souffle malade empestait la mauvaise bile. Son foie, depuis longtemps malade ne l’accompagnerait plus très longtemps. Le docteur restait évasif lorsqu’il lui demandé combien de temps ? Evasif, mais surement pas rassurant. Lornbeck n’était pas un imbécile, il se savait condamné. Trop de nourriture, trop d’alcool, surement trop de filles de joie. La syphilis qu’il avait attrapée il y a cinq ou six ans n’était sans doute pas ignorante de sa condition d’aujourd’hui.  Il avait pensé s’arrêter, tout simplement, prendre ses économies, vendre son appartement en ville et aller s’installer à la campagne pour y mourir. Mais à quoi bon ? Sa femme avait disparue du jour au lendemain après une énième de leurs disputes il y a trois ans. Une énième dispute parce qu’une commère lui avait rapporté ses faiblesses pour un quartier abritant une maison close. C’était un jour sombre comme aujourd’hui. Un automne comme celui-ci. Il faisait gris, il pleuvait dehors. Elle était partie en claquant la porte, en hurlant que c’était un porc. Quand il se voyait le matin dans le miroir, il savait qu’elle avait eu raison de lui parler comme cela.</p>
<p>Le gros bonhomme arrêta un fiacre et indiqua au chauffeur vers quelle adresse il devait se presser. Lornbeck détestait ces voyages en fiacre sur les rues pavées de Londres. Cela lui donnait à chaque fois la nausée. Aussi fut-il heureux lorsque les roues du véhicule quittèrent la pierre pour ralentir dans la boue des rues plus modestes. Bientôt, le trot des chevaux ralentit pour passer à la marche, s’immobilisant devant la vitrine poussiéreuse d’une librairie miteuse. Lornbeck paya le fiacre et s’écarta pour le laisser repartir sans se laisser recouvrir de boue. Se retournant vers la boutique il marqua un temps d’arrêt. Les boiseries étaient recouvertes d’une insipide chaux blanche virant vers le gris sous les assauts de la pollution des usines. Il connaissait l’endroit. Il était déjà venu ici. Il y avait un peu moins de quatre ans croyait-il se rappeler. Un petit homme à tête de fouine, le regard las, l’avait accueillit, lui et sa femme. Il cherchait une œuvre traduite de <em>Racine</em>, ce français aux mots faciles qu’aimait tant à lire sa femme. Il n’avait rien trouvé ce jour là qui l’intéressa, mais sa femme était restée un long moment à découvrir les couvertures et feuilleter quelques pages. Cela n’avait pas manqué, il l’avait remarqué, d’agacer le petit homme qui ne semblait que trop pressé de mettre à la porte ces clients qui n’achetaient pas assez et regardaient trop. Lornbeck avait finit par tirer sa femme de là, agacé à son tour qu’il était par l’infinie lenteur de sa moitié.</p>
<p>Quelle étrange coïncidence de se trouver à nouveau là pensa-t-il. Il prit son chapeau à la main et pénétra dans la boutique. Elle était l’identique réplique de son souvenir. A croire que celui qui tenait cette boutique était un maniaque de premier ordre. Rien, sur le comptoir, qu’une petite sonnette à son emplacement exact après ces années. Un autre officier, à peine plus âgé que le premier attendait dans le magasin.</p>
<p>« Où se trouvent les corps ? » demanda sans préambule l’inspecteur.</p>
<p>L’officier marqua un temps, jaugea son interlocuteur et lui répondit d’une voix plus fluette qu’il ne l’aurait voulu que les corps étaient en bas des escaliers, à la cave.</p>
<p>« Qui a découvert les corps ? »</p>
<p>« Un client qui s’inquiéta de ne trouver personne et qui après quelques minutes est allé appeler par la porte ouverte de la cave. C’est là qu’il a aperçu les jambes de l’homme. Il a cru à un malaise mais quand il a vu le deuxième corps, il a pris ses jambes à son cou jusqu’à tomber sur un collègue qui à mis cinq bonnes minutes à le calmer. Cet homme est au commissariat pour faire sa … »</p>
<p>Le jeune homme s’arrêta comprenant bien qu’il était inutile de rajouter plus de détail. L’inspecteur s’était déjà détourné et descendait lourdement les marches étroites en pierre descendant dans cette cave sèche.</p>
<p>Lornbeck rejoint les cadavres faiblement éclairés par la lueur grisâtre d’une lucarne aussi poussiéreuse que le reste de la pièce. Le petit homme propriétaire de la boutique, les yeux ternes fixant le plafond, le regard d’un halluciné. Autour de lui, de nombreuses traces de pas, une seul pointure, la sienne à première vue. Il s’était défendu. N’avait pas voulu mourir. Une ecchymose bleuâtre s’étendait sur son coup. Etranglé. L’inspecteur ne le sentait pas. Dix secondes qu’il regardait le cadavre et déjà il sentait qu’il ne comprenait pas tout. Des marques de griffures. Trois griffures profondes sur la joue gauche. Il avait était griffé avant de mourir, du sang avait coulé. Lornbeck releva les yeux sur le second cadavre qui gisait un peu plus loin. Il s’avança et n’eu pas à se pencher beaucoup pour distinguer les bouts de peau sous les ongles de la grosse femme. Elle portait également des marques de strangulation. Plus profondes, plus sauvages que sur le petit homme. Un scénario commença à se ficelé dans son esprit. Le petit teigneux avait, pour une raison ou une autre, attaqué la grosse femme et l’avait étranglé. Elle l’avait griffé en se débattant. L’avait-il tué en haut ? Non, le corps n’avait pas été trainé jusqu’ici… Des traces de pas. Elle avait était amené de force en bas des escaliers ? Non ces marques plus larges. Trop de trace de pas en bas des escaliers, mais il possible que le petit l’ait balancé du haut des marches. Elle aura chuté et aura tenté de fuir ici en marchant à quatre pattes. Une fuite sans issue. Le petit teigneux l’aura alors étranglé ici… Mais alors, qui a étranglé le petit teigneux.</p>
<p>Lornbeck compris qu’il manquait forcément quelqu’un pour que son histoire fonctionne. Il y avait un troisième larron. Le mari de la victime ? Un individu de passage sans lien ? Peut-être même un voleur venu faire ses affaires qui aura trouvé le teigneux bien affairé. Le problème c’est que ce troisième homme, quel qu’il soit n’a pas l’air d’avoir laissé de trace. Soit Lornbeck est face à un spécialiste, soit il fait fausse route. Voilà bien une affaire qui commence étrangement. Peut-être est-ce ce troisième homme qui aura tué les deux. Il les aura étranglé les deux par commodité… Mais alors pourquoi se battaient la grosse et le teigneux ? Non son instinct lui dictait autre chose. Le teigneux avait tué la grosse, il en était presque sûr.</p>
<p>Lornbeck se releva pour observer la scène de haut. Il marcha en prenant soin de ne pas effacer des traces sous les siennes en contournant la scène par où il était arrivé. Faisant dos à la chaudière, il observa les deux masses ternes, attendant que de ces images se détache le scénario le plus probable.</p>
<p>Il bougea sur place, faisant dos à la chaudière éteinte. Il ne parvenait pas à déchiffrer l’énigme. Il allait falloir qu’il fasse interroger les gens du coin pour savoir si quelqu’un d’autre était venu à la boutique ce matin là. Il évaluait à peu de chance celle d’un jour comprendre ce qui s’était passé ici quand il sentit une légère pression sur le bout de son pied droit. Il baissa les yeux.</p>
<p>Lornbeck s’arrêta. Le temps s’arrêta. Le regard plongé sur ses pieds. De la poussière recouvrait tout, des déchets, des détritus divers. Il n’y avait pas prêté garde. C’est le bout de sa semelle qui avait détaché de la poussière un objet. A côté d’un petit caillou noir qui n’avait pas sa place ici, un petit écrin en or-blanc ternit par le temps passé sur le sol. De forme ovale, un olivier gravé sur le couvercle maintenant piqué de noir. Il ne le distinguait qu’à peine à la lumière de la vitre sale, mais il n’avait pas besoin d’en voir plus pour savoir ce qu’il contenait.</p>
<p>Sa masse tomba sur un genou, ramassa le bijou et le porta au plus près de ses yeux. Ses doigts tremblaient tellement qu’il eu du mal à l’ouvrir. Bien qu’il fût certain de ce qu’il y verrait, il lui fallait le voir.</p>
<p>Un petit garçon gravé dans l’os. Il avait six ans quand cela fut fait…</p>
<p>Lornbeck ne pu retenir ses larmes dans la cave poussiéreuse du libraire.</p>
<p>Elle ne quittait jamais ce médaillon.</p>
<p>Le petit frère décédé de sa femme disparue.</p>
<p style="text-align: right;">&#8212; Eleken,<br />
Une suite (enfin suite :p)  à cette nouvelle qui en mérite une.</p>
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		<title>Des cailloux</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Sep 2009 11:48:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C’est dans une tasse de café, que comme matin, je noie l’absence de mon désir de vivre.
Le café noir embaume ma table. Le café est bruyant, enfumé malgré l’heure précoce. Sept heure ce matin. L’heure qui résonne en moi comme le glas inouï d’un monde incompris. Par la force des choses ou la force des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est dans une tasse de café, que comme matin, je noie l’absence de mon désir de vivre.</p>
<p>Le café noir embaume ma table. Le café est bruyant, enfumé malgré l’heure précoce. Sept heure ce matin. L’heure qui résonne en moi comme le glas inouï d’un monde incompris. Par la force des choses ou la force des maux, ceci est mon dernier café ce matin là. Car c’est le dernier matin, j’en suis sûr. J’ai reçu cette nuit le dernier caillou. Le dix-septième. Un pour chacune d’entres-elles. Qui me les envois, qui me les déposes. Je ne le sais pas. Chaque soir, ou chaque nuit, un caillou se retrouve sur mon perron. Un petit caillou noir et bruyant. Un caillou poli et lourd.</p>
<p>Au début, je n’ai pas compris. J’ai vu ce caillou, je l’ai poussé du pied, je l’ai écarté de mon chemin. J’ai pensé à la blague d’un gamin. Peut-être une de ces petites racailles qui hantent nos rues boueuses pour détrousser le chaland et qui aura voulu faire un coup d’éclat devant ses compères de larcin. Je suis parti travailler. J’ai une petite librairie en ville. Un peu poussiéreuse. Les gens viennent s’y perdre parfois. Souvent quand il pleut. L’avantage de notre Londres c’est qu’il pleut souvent. C’est bon pour les affaires.  Ce matin là, je m’en souviens très bien, parce que c’est ce matin là qu’ils ont inauguré la <em>Metropolitan Railway </em>. Je ne sais pas ce qu’on les gens dans la tête. Moi, jamais je ne monterais dans un wagon de bois qui file à toute vitesse sous terre. Les gens et leurs idées saugrenues. Je dois traverser <em>Bishop’s Road </em>pour arriver à ma boutique. Il y a un monde fou qui s’entasse pour rentrer dans cette cave qu’ils appellent déjà le Metro.</p>
<p>Le bruine est fine et colle à ma peau. J’aime cette poisse qui me fait sentir vivant. J’ai quitté le café et vingt minutes plus tard me voilà entouré de mes livres. Mes seuls amis. Je n’en ai pas d’autres. Je n’ai jamais été marié et, si ce n’est quelques tentatives minables avec des filles publiques soldé par de mollassons échecs, je n’ai jamais forniqué. Ce caillou, ce dernier caillou. J’hésite puis finalement décide de rester ouvert. Si c’est une dernière journée de vie, alors ce sera une dernière journée paisible de travail. Je devrais peut-être faire les carreaux pour ce dernier jour ? Non cette idée n’est pas bonne, une librairie se doit d’être poussiéreuse, cela donne sa valeur au livres. La poussière.</p>
<p>Le second jour quand je suis sorti, il y avait cette fois deux cailloux. Le même que celui de la veille que j’avais laissé à côté des marches… Et un second, plus gros. Le même noir. Je lancé un coup de pied furibard dedans et j’ai crié à la cantonade que le petit malin qui s’amusait allait prendre une belle correction si je lui mettais la main dessus. Et je suis parti travailler, laissant cette histoire aux oubliettes de mon esprit…</p>
<p>Le lendemain était un dimanche. Le dimanche je ferme boutique pour aller à la messe. Après quoi je m’occupe de mon jardin. Ce matin là, il y avait trois cailloux… Et un papier. Sur le papier, chiffonné, griffonné par une main malhabile, un chiffre. Dix-sept. Ce matin là, je ne suis pas allé à la messe. J’ai blêmi à la lecture de ce chiffre. Je le connais bien ce chiffre. Je le compte moi-même, je m’en gargarise dans ma solitude. J’ai passé le reste de la journée, enfermé dans ma maison. Scrutant tour à tour les fenêtres et les cailloux. Ce n’étaient que des cailloux, trois cailloux. Trois sur dix-sept.  C’était il y a quatorze jours. J’ai passé la nuit à scruter mon perron armé d’un pistolet à silex. Je n’ai pas fermé l’œil, pas mangé, pas bougé. A deux heures, je suis sorti sur le perron. Il n’y avait pas de caillou. A trois heures, sans avoir une seule fois baissé ma vigilance, je suis sorti à nouveau. Il y avait un caillou. Je n’ai pas cessé de trembler durant les heures qui ont suivi. C’était un fantôme. Seul un fantôme aurait pu réussir cela. C’était surement pour cela, le papier chiffonné. L’écriture de l’au-delà. L’une d’elles surement. Mais laquelle ?</p>
<p>Elle savait. L’une des dix-sept que j’ai tués.</p>
<p>J’ai brûlé leurs corps dans la chaudière en dessous de ma boutique. Personne ne m’a jamais rien soupçonné. Pas un gendarme n’est venu frapper à ma porte pour savoir. Personne. Un libraire, de mon âge qui plus est, d’aspect serviable, n’éveille aucun soupçon. Il a fallut que ce soit un foutu fantôme qui me poursuive. Je me suis demandé ce jour là combien d’autre que moi avait un jour subit ce type de visite impromptue. N’aurait-il pu se contenter de me hanter ? Non, il fallait qu’il me menace. Pourtant ce n’est pas ma faute. C’est… Des pulsions. Je ne sais pas les contrôler. Parfois, il y a une de ces grosses femmes qui rentre dans ma librairie. Elles ressemblent un peu à ma mère. Elle était cruelle ma mère. J’ai été bien éduqué, en bon protestant. J’ai des pulsions ce n’est pas ma faute.</p>
<p>J’ai pensé m’enfuir quand le onzième caillou est arrivé. Mais que faire. Ce fantôme me suivrait. De toute façon, j’étais condamné. Alors autant ne rien faire. Peut-être que cela passera de soi-même. Je n’ai pas osé descendre à la cave depuis que les cailloux ont commencé. On est en septembre, heureusement, il ne fait pas encore trop froid. La chaudière restera éteinte. Peut-être qu’il m’attend là-bas. Prêt à en découdre. Me brûler peut-être, m’étrangler surement. Comme je l’ai moi-même étranglé. C’est rare moment où je me sens un homme.</p>
<p>Les heures passent. Mes dernières heures. Je mourrais probablement dans la nuit chez moi. Comment ? De terreur certainement. Ce fantôme prendra une apparence immonde et me terrorisera jusqu’à la mort cette nuit. Je ne suis pas pressé de mourir, surtout comme ça. Mais que faire ? Rien. Quand le destin frappe à votre porte, le mieux est de ne pas le contredire.</p>
<p>Je me mes à faire du tri pour me changer les idées. Les gens n’ont pas de respect pour les choses. Surtout pour les livres. Il y en a toujours un pour prendre un livre quand j’ai le dos tourné et le déposer à la mauvaise place. Je me penche devant le rayon pour prendre un livre sur la première étagère. Un courant d’air froid passe sur ma nuque. Le carillon de la porte s’agite.</p>
<p>Une grosse femme fardée portant un chapeau plumé entre dans la boutique.</p>
<p>« Bonjour madame » la salue-je d’un grand sourire en me relevant « permettez ».</p>
<p>Elle frissonne et s’ébroue de son grand manteau humique.</p>
<p>Je frissonne. Il fait un peu froid.</p>
<p>Il va falloir que j’allume la chaudière.</p>
<p style="text-align: right;">&#8212; Eleken,<br />
Une petite nouvelle sans prétention</p>
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		<title>Le porteur de clef</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Sep 2009 11:54:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mes textes]]></category>
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		<description><![CDATA[Une clef pour chaque chose.
Une clef pour chaque porte.
C’est le credo du porteur de clef. Celui qui ouvre, mais surtout celui qui ferme. Cela n’a aucune importance, mais il s’appelle Raymond. Il est vieux maintenant Raymond. Combien de temps qu’il fait ce travail. Trente, peut-être quarante ans… Peut-être un siècle, peut-être plus. Je ne le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une clef pour chaque chose.</p>
<p>Une clef pour chaque porte.</p>
<p>C’est le credo du porteur de clef. Celui qui ouvre, mais surtout celui qui ferme. Cela n’a aucune importance, mais il s’appelle Raymond. Il est vieux maintenant Raymond. Combien de temps qu’il fait ce travail. Trente, peut-être quarante ans… Peut-être un siècle, peut-être plus. Je ne le sais pas et lui ne me le dit pas. Il ouvre juste la porte et la ferme après. Personne ne lui adresse la parole. Que moi. Mais lui ne me répond jamais. Il me regarde juste de ses yeux las et continu sa tournée. Raymond ouvre nos cellules. Sans jamais ce soucier de ce qui se passe autour de lui. Personne ne s’en prend jamais à Raymond. Et pourtant, ici il y a des durs. Des condamnés se font tuer chaque jour, et chaque jour voit son tas de cadavres s’amonceler dehors dans la cour. La cour. Je n’y ai jamais mis les pieds. Je suis un « classe 5 ». Un prisonnier de l’avant-dernier échelon. Trop pauvre pour payer ne serait-ce qu’un paquet de cigarette. Au moins j’ai arrêté. De toute façon, si je veux survivre, il vaut mieux que je m’entraîne. La cellule n’est pas grande, à peine la taille de ma paillasse, mais les barreaux permettent de faire des tractions. L’hiver cela tient chaud.</p>
<p>Tiens, j’entends le cliquetis des clefs. C’est l’heure de se lever. Bonjour Raymond. Il ne répond pas bien sûr. Me regarde, baisse les yeux et continu de son pas claudiquant. Qu’est-ce que je fais ici déjà ? Je crois ne l’avoir jamais su. Il faisait nuit. Je dormais dans la pièce unique de notre appartement avec ma femme et nos deux filles. Ils nous ont prit comme ça, une nuit. Des cris, des aboiements, pas la moindre explication. C’est ce qui a du se passer pour beaucoup de ceux qui m’entoure. Partout ces visages résignés. Les vaillants ne font pas long feu. Ils seront tannés avant le soir sinon. J’avance, perdu dans mes pensées. Le rang me pousse dans sa direction. Il y aura à manger. Puis les exercices matinaux. Puis l’atelier. Et  ce soir, Raymond à nouveau. Il viendra fermer ma cellule. Ma cage si je peux appeler ça comme ça.</p>
<p>A l’atelier, je fabrique des serrures. J’assemble les pièces qui viennent d’un endroit dont j’ignore le nom. J’assemble c’est tout. Au début j’ai sourit de l’incongruité de fabriquer ce qui me maintient enfermé. Maintenant, je ne souris plus. C’est un boulot comme un autre. Une manière de passer le temps. Si je faisais partie de la « classe 4 », j’aurais droit d’aller casser des cailloux à l’extérieur. Mais bon, je n’ai pas le droit alors j’ai appris à l’oublier ce monde qui ne m’est plus accessible. Si j’étais un « classe 6 », c’est-à-dire ceux qui ne peuvent même pas comme moi faire un travail d’assemblage, je récurerais les chiottes et servirais de chair à canon pour l’entraînement de l’armée. Alors, assembler des serrures, c’est un boulot pas trop mal quand même.</p>
<p>Puis le soir arrive. Alors Raymond arrive. Sa clef à la main, il attend une seconde d’avoir vérifié que je suis bien dans ma cellule puis commence à fermer la porte. Avant que son visage ne disparaisse derrière l’acier, j’ai une impulsion soudaine. Je lui dis ceci.</p>
<p>« Tu es prisonnier comme moi ici Raymond.  Chacun de notre côté de la porte. Nous sommes des frères ici »</p>
<p>J’entends le temps d’arrêt qu’il marque. Pour la première fois. La clef ne tourne pas instantanément. Une seconde, pas deux. La clef tourne. Raymond s’en va.</p>
<p>Ce matin ce n’est pas Raymond qui est venu ouvrir. Il avait du retard, était vieux aussi. Un peu après, parce que même ici, on sait des choses, j’ai su que Raymond s’était pendu dans la nuit. Il avait un petit appartement là-bas quelque part. Il avait vu, par ma faute, ce qu’il se refusait à voir depuis tant d’années.</p>
<p>Il a trouvé le chemin de sa liberté.</p>
<p>Un jour peut-être le suivrai-je. Quand je n’aurais plus l’espoir de revoir ma femme et mes gosses.</p>
<p style="text-align: right;">&#8212; Eleken</p>
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		<title>Nuit &#8211; Episode 6</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Dec 2008 14:10:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mes textes]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;air est froid. Il me saisit les poumons, assaille ma vie. Je vis. Je ne suis donc pas morte. Je repose sur le dos. Autour de moi, ce n&#8217;est que silence. Je ne ressens plus le froid de la rivière. Où suis-je. Je m&#8217;éveille mais m&#8217;accroche encore à ce sentiment paisible qui m&#8217;habite. Je n&#8217;ai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;air est froid. Il me saisit les poumons, assaille ma vie. Je vis. Je ne suis donc pas morte. Je repose sur le dos. Autour de moi, ce n&#8217;est que silence. Je ne ressens plus le froid de la rivière. Où suis-je. Je m&#8217;éveille mais m&#8217;accroche encore à ce sentiment paisible qui m&#8217;habite. Je n&#8217;ai pas eu ce sentiment de bien être depuis combien ? Cinquante, cent ans ? Je me sens bien. L&#8217;air est froid mais j&#8217;ai chaud. Je suis allongée, je suis dans mon lit. J&#8217;ouvre les yeux&#8230;</p>
<p><a href="http://www.okedomia.com/mes-nouvelles/nuit-episode-6/" target="_self">Lire la suite ici</a></p>
<p><a href="http://www.okedomia.com/mes-nouvelles/#nuit">Episodes précédents(1 à 5)</a></p>
<p style="text-align: right;">&#8212; Eleken,<br />
Je me force un peu parce que je suis rouillé :p</p>
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		<title>Le vent sur le rocher (suite et fin)</title>
		<link>http://www.okedomia.com/2008/04/le-vent-sur-le-rocher-suite-et-fin/</link>
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		<pubDate>Sun, 13 Apr 2008 22:10:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[Et le voilà, seul, au milieu d’une plaine qui pourrait tout aussi bien porter le nom de néant. Presque quarante-huit heures qu’il n’avait plus vu un ruisseau ou une rivière non plus. La dernière n’était d’ailleurs plus qu’un lit de boue où l’eau stagnait sans courant, avant de s’évaporer. Advint le soir et l’obscurité. L’homme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div align="justify">Et le voilà, seul, au milieu d’une plaine qui pourrait tout aussi bien porter le nom de néant. Presque quarante-huit heures qu’il n’avait plus vu un ruisseau ou une rivière non plus. La dernière n’était d’ailleurs plus qu’un lit de boue où l’eau stagnait sans courant, avant de s’évaporer. Advint le soir et l’obscurité. L’homme trouva un renfoncement dans la pente de marne, probablement l’ancienne cascade d’un ruisseau qui coula ici. Il déposa son sac et étendit une couverture sur le sol pour essayer de dormir. Pouvez-vous concevoir ce monde sans aucun autre son que celui du vent sifflant. Plus d’oiseau, de bruissement de petits animaux ou de feuilles, de rire ou de murmure, le clapotis de l’eau… Rien, ce monde se mourrait et l’homme était la dernière trace de vie qu’il y resta. « Pourquoi moi ? » demanda-t-il encore une fois à l’obscurité grandissante.<a href="http://bp2.blogger.com/_-KTAe4u_zRI/SAKGq8UbdzI/AAAAAAAAAH4/ySygk-YOyiA/s1600-h/souffle.jpg" rel="lightbox[1072]"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5188857792988673842" style="FLOAT: right; MARGIN: 0px 0px 10px 10px; CURSOR: hand" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_-KTAe4u_zRI/SAKGq8UbdzI/AAAAAAAAAH4/ySygk-YOyiA/s400/souffle.jpg" border="0" /></a> « Y en a-t-il d’autres ? » Il se demanda encore une fois si son voyage n’était pas vain. Trouverait-il des survivants en bord de mer ? Et s’il n’y avait vraiment plus personne ? Combien de temps avait-il marché aujourd’hui ? dix heures ? probablement plus ? La batterie de sa montre était curieusement morte après quelques jours, le sable peut-être. Il ne lui restait que le soleil pour le guider dans le temps, et même lui parfois, perdu qu’il était dans ses pensées, ne semblait plus l’aider. Les rares moments où il ne le brûlait pas, il était camouflé par les nuées de sable soulevées par le vent de plus en plus violent. La nuit ne lui apportait aucun réconfort. Au contraire du jour, elle était glaciale et obscur comme l’abîme dans lequel plongeait le monde. Les étoiles étaient sans cesse cachées… Ou bien avaient-elles disparu ? L’homme se résonnait en se disant que le sable portait par le vent les cachait. Mais était-il possible qu’elles le fussent continuellement ? L’homme s’allongea, sa tête reposant sur son sac. Serait-il assez fort pour atteindre la mer ? Combien de temps lui restait-il ? Combien de chemin avait-il fait ? Avait-il seulement parcouru la moitié ? Il l’ignorait. Et de cette ignorance grandissaient sa peur et son désespoir contre lesquels il peinait de plus en plus à combattre. Il sortit sa gourde et s’abreuva. L’eau avait un goût de poussière… Tout avait un goût de poussière… À peine fut-il couché sur le côté, que la fatigue le terrassa. Il s’endormit malgré la mort qui planait, malgré le vent qui soufflait de plus en plus fort annonçant la tempête. Il rêva. C’était le premier jour. Il venait de se réveiller. Sa fenêtre donnait sur la rue, depuis le deuxième étage. Il entendait les cris, les hurlements. Il regarda par la fenêtre et les vis… Les gens tombaient dans la rue et ne se relevaient pas. Il s’était habillé, avait observé, certain couraient mais ne s’arrêtaient pas quand il les interpellait. La télé ne diffusait déjà plus qu’un brouillard d’onde. Il était sorti, avait vu d’autres vivants, avait vu d’autres gens mourir. Et les hurlements, les hurlements sans cesse des agonisants dans son esprit. Cette jeune femme sur le trottoir. Elle vient de tomber. Il s’en approche et la regarde. Elle le regarde aussi. Elle n’est pas encore morte. Sa peau se couvre de plaie sous ses yeux et semble se dessécher. Elle l’implore. « Aidez-moi, pitié » lui dit-elle dans un souffle. Mais lui a trop peur, il ne veut pas la toucher. Elle pleure. Du sang remplace ses larmes, s’écoule de son nez et de ses oreilles. Elle est morte maintenant. Et lui n’arrive pas à en détacher son regard. Non, elle respire encore… Elle est entrain de se noyer dans son propre sang. Alors elle se mit à hurler… Un cri de plus en plus diffus qui se prolongea pendant d’horribles secondes… Un cri… Long… Un soupir…</p>
<p>L’homme se réveilla en sursaut. La nuit était encore noire. Avait-il seulement dormi plus de quelques minutes ? Pourquoi s’était-il réveillé comme cela ?<em> Heeeee Hooooo</em>. L’homme se raidit. Avait-il bien entendu ? Quelqu’un appelait. <em>Heeee Hooooo</em>… Son visage, une seconde éclairée d’un espoir, retomba dans l’obscurité. Le vent, ce n’était que le vent. Il n’y avait personne d’autre que lui-même ici. <em>Noooonnn, c’eesssst mmmoiii</em>. L’homme, interloqué, tendu encore et encore l’oreille. « Qui est-ce ? » demanda-t-il à l’obscurité. Le vent lui répondit en fouettant violemment tout son corps. Une tempête s’approchait. Il se releva tout en rassemblant ses affaires. Le vent, la fatigue lui jouaient des tours, néanmoins, il devait trouver un autre endroit. Le vent était trop violent et il risquait de finir ensevelit ici. Un sentiment pressant, qu’il se ressentait plus ces derniers jours, chassa la lassitude. Il lui fallait trouver vite une solution. Déjà le vent poussait sur lui poussière et morceau plus gros, de l’herbe sec, peut-être même de petites branches venaient de fouetter son habit. <em>Viennnns par làaaaa</em>. Qu’est-ce que ? Il secoua encore une fois la tête. Le vent, ce n’est que le vent. Il se mis en marche dans le noir. Il n’y voyait pas à deux mètres. De mémoire par rapport au soir précédent, il tenta de s’orienter mais ses pas n’étaient pas assurés. Il trébucha et se reçu douloureusement sur les paumes. Les mains écorchées, il se releva en jurant et repris son avancé dans le lit du ruisseau. Le sol descendait sous ses pieds… Descendait-il vraiment ou était-ce lui qui était penché ? Comment savoir dans l’obscurité, enfermé par la poussière. Il commençait à suffoquer. Soudain, le sol se déroba sous ses pas et il chuta… Une seconde, cela semble une éternité quand on ne distingue pas le sol qui se précipite sur vous. Il heurta la pente de marne sur le côté et glissa jusqu’au creux de pierre. Le souffle coupé, il se mis à quatre pattes et mi-rampant, mi-avançant il essaya de se mettre à l’abri. <em>Icccciiii</em>. Le vent encore, l’aveuglant, lui hurlant dans les oreilles. Il se dirigea là d’où semblait venir la voix, le souffle. Hébété par le choc de la chute, par l’aveuglement, l’éblouissement du vide, cela ne lui sembla plus aberrant. Il se traîna et quand, quelques mètres plus loin, il s’effondra de fatigue, le souffle prit par la poussière, il était dans un endroit plus clair, moins engorgé, à l’abri d’un faible renforcement de quelques mètres. Là, soulagé, n’ayant plus la force de comprendre, il s’assoupit.</p>
<p>Quand il ouvrit les yeux, le soleil était déjà haut, son corps couvert de poussière. La tempête était terminée et l’azur, curieusement, en même temps que le soulagement de vivre encore, lui arracha un faible sourire. Il se redressa et pris un rapide déjeuner constitué de biscuits secs et d’un peu d’eau. La voix qu’il avait entendue hier au soir, cette nuit, qu’était-ce ? Hallucination ? Fatigue ? Folie ? Probablement un mélange de tout ça pensa-t-il. Il se pressa car il avait déjà passé suffisamment de temps ici. Il ne savait pas combien de chemin lui restait à parcourir, alors, il ne pouvait pas se permettre de traîner. Après quelques heures, le soleil allongeant son ombre loin derrière lui, le vent se leva de nouveau. Sur ce terrain maintenant plat, le paysage disparu sans tarder derrière des volutes de poussière. Bien que moins puissant que la veille au soir, il n’en voyait tout de même plus où il allait… Peut-être allait-il tourner en rond. N’ayant plus rien à perdre, l’homme éleva la voix dans la poussière. « Est-ce bien par là que je dois aller ? D’après toi ? » Demanda l&#8217;homme au vent qui ensablait sa vision depuis plusieurs minutes. L&#8217;atmosphère devenait suffocante et quasi irrespirable, il rajusta son linge devant sa bouche. Le sable s&#8217;insinuait partout et brûlait, déchirait, tout bout de sa peau qu&#8217;il n&#8217;eut pas convenablement protégé. <em>Reveniiiiir, làaaaa… paaaaaaar là&#8230; Avance veeeeeeers là…. Mer derriiière…</em> Espoir ou folie ? Encore une fois, il se posa la question. Est-ce son esprit qui lui jouait des tours, qui interprétait le souffle du vent, déformait ses cris en paroles audibles ? Il l’ignorait, mais entendre ces mots insuffla dans son esprit un espoir qu’il croyait avoir perdu, un espoir brûlant qui lui fit presque mal. Son cœur s’accéléra, ses yeux s’embuèrent. Il pressa le pas à travers le nuage de poussière. Cela dura longtemps, mais le soleil n’était pas encore couché quand il parvint au pied d’une colline rocailleuse. Il ralentit le pas, heureux de voir enfin son voyage s’achever, rempli par l’espoir du spectacle qu’il verrait au sommet. Il parcourut lentement les derniers mètres qui le séparaient de la pente.</p>
<p>Ses pieds s’enfonçaient de plusieurs centimètres dans le sol meuble, la poussière accumulée sur les flancs de cette colline. Il n’y avait presque plus de terre à arracher aux rochers qui la formaient. L’homme en scruta le sommet pendant de longues secondes. « Derrière, pensa-t-il, derrière il doit y avoir la mer. » Et si elle n’y était pas ? Et s’il était véritablement le seul… le dernier… L’homme secoua la tête, le regard morne, une étincelle de terreur venant l’animer subrepticement. Il posa la main sur le tronc gris et nu d’un pin desséché et commença son ascension. C’était bien dur qu’il ne l’avait escompté. Le sol de poussière glissait sans cesse et il devait déployer ses dernières forces pour vaincre le mouvement inverse du sol. Des jours de marche, des jours à se battre contre le temps et le désespoir l’avaient complètement épuisé. Et il était là, presque vaincu par une simple colline. Il glissa encore une fois et dû se rattraper en s’accrochant de ses mains au roc. Ses genoux heurtèrent la pierre avec violence et son sang commença à couler sur la toile élimée de son pantalon. Une ombre claire parmi les ombres, luttant pour atteindre un sommet qui, minute après minute, semblait s’éloigner. La poussière et le vent l’avaient confondu dans ce décor gris et beige. Le soleil semblait lutter pour lui brûler les yeux, l’aveugler avant qu’il ne puisse voir. Il ne pouvait que regarder ses mains tandis, qu’à quatre pattes, il avançait, n’arrivant plus à se relever.</p>
<p><em>Effffort… Faiis un efffort.</em> Sembla lui hurler le vent tout en l’aveuglement derechef. Enfin, après les rochets, après la pente, alors que les larmes, précédant l’abandon, coulaient le long de ses joues, il parvint au sommet. Au sommet de ce qui devait être une colline de garigue il y a une semaine à peine. Le vent accueillit son ascension en fouettant son visage de poussière et l’aveugla quelques secondes. Il respira avec difficulté la poussière et toussa. L’esprit embrumé, obnubilé par un seul but, il refoula la douleur et regroupa son ultime volonté pour un dernier effort. Il se traîna sur le sol, n’ayant pas la force de se relever. Pas de son non plus ici, pas d’odeur de mer et le vent toujours sec et brûlant. Et pour cause… Il eu la sensation de déchirer ses paupières pour ouvrir les yeux, et à travers la brume des ces larmes, il n’eut pas le soulagement de contempler la mer par-delà la ville… Seule une nouvelle étendue sombre de désert s’entendait jusqu’à l’horizon… La ville était présente… Déserte… Morte… La mer avait disparu… S’était retirée jusqu’au-delà de l’horizon… Peut-être même avait-elle complètement disparu… Disparue… Il n’y avait plus rien ici… Plus personne… Plus personne de vivant… Sa tête retomba sur le sol et il hurla&#8230; Et il pleura…</p>
<p>Et le vent rie alors&#8230; Il rie&#8230; Il rie jusqu&#8217;à ce que l&#8217;homme ait pleuré toutes larmes&#8230; Jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il ait abandonné. Alors le vent fut satisfait… Le dernier homme, la dernière vie… Il était le dernier…</p>
<p>Souffle. </p></div>
<div align="justify"> </div>
<div align="right">&#8212; Eleken,<br />Bon fatigué, au dodo ^^ et demain,</div>
<div align="right">j&#8217;envois, je verrais bien <img src='http://www.okedomia.com/wp-includes/images/smilies/icon_surprised.gif' alt=':o' class='wp-smiley' /> p</div>
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Les Creatures d&#8217;Okedomia.<br />
<a href="mailto:azriel68@gmail.com">Eleken Traski</a>.</div>
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		<title>Le vent sur le rocher (début)</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Apr 2008 11:16:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[    Le vent sur le rocher,Le vent soufflait, arrachait la poussière qui s’y agrippe comme le désespoir et le chagrin sur la peau des hommes. Le soleil s’élevait haut dans le ciel vierge de tous nuages et frappait avec hargne le sol rocailleux de ce désert. Partout où se posait son regard, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">    Le vent sur le rocher,<br />Le vent soufflait, arrachait la poussière qui s’y agrippe comme le désespoir et le chagrin sur la peau des <a href="http://bp1.blogger.com/_-KTAe4u_zRI/R_ixJvBhMyI/AAAAAAAAAHQ/EfECMCooHZo/s1600-h/vent-desert.jpg" rel="lightbox[1070]"><img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5186089751716901666" style="margin: 0px 10px 10px 0px; float: left;" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_-KTAe4u_zRI/R_ixJvBhMyI/AAAAAAAAAHQ/EfECMCooHZo/s400/vent-desert.jpg" border="0" /></a>hommes. Le soleil s’élevait haut dans le ciel vierge de tous nuages et frappait avec hargne le sol rocailleux de ce désert. Partout où se posait son regard, il ne voyait pas une ombre, pas une vie. Seuls les arbres morts et torturés accompagnaient chacun de ses pas et ses pensées dans ce voyage. Des jours qu’il n’avait même pas vu un oiseau, un charognard… Morts, eux aussi. L’homme portait son fardeau solitaire, luttant contre le désespoir pour faire un pas de plus. Non pas qu’il fût à l’agonie, il avait encore de l’eau et des vivres pour quelques jours, mais son esprit n’arrivait plus à lutter. Un vivant… Que ne donnerait-il pas pour croiser un être vivant. Il avait fui la ville car il ne supportait plus le regard et l’odeur des morts qui jonchaient les trottoirs… Mais ici, loin de tout, c’était encore pire.<br />Comment ? Pourquoi ? Il ne saurait sans doute jamais… Cela aussi, l’absence de nouvelle, d’explication, de solution, d’idée… Tout cela le privé d’espoir. Un soir, l’on se couche avec une vie misérable de mécanicien, cloué au pilori par les dettes et la bière… Le lendemain, tout ceci a disparu, s’est perdu dans les méandres de l’impossible… Le lendemain, la moitié de la ville gît sur le sol, la peau crevassée, les yeux blanc et terne… Le soir, les derniers qui marchaient encore tombent à leur tour… Et il n’y a plus personne… Que le silence… Que vient rompre le vent, charriant misère et odeur, déchet et… Rien d’autre. Ce même vent qui depuis des jours souffle sans cesse, tantôt le poussant, tantôt le freinant dans sa marche. Un homme seul, figure noire parmi les ombres du soir, éclat d’ébène le jour où le soleil semble aspirer toute trace de passé dans ces landes autrefois vertes et touffue. Un homme seul a le temps de se poser des questions durant une marche de plusieurs jours… Combien déjà ? Six… Non, sept jours qu’il marche. Au début, les corps, les carcasses de voitures étaient nombreux. Alors, il avait quitté la route pour ne plus devoir marché par-dessus tout ces gens. Il y a sept jours, les arbres mourraient eux aussi, leurs branches se courbaient, les feuilles tombaient, déjà sombres et brunes… Le deuxième jour, il n’y avait plus une seule feuille sur les arbres, une seule épine sur les pins. C’était comme si la mort avait frappé tous les êtres vivants, végétale ou animale, en ce même jour, puis était partie, laissant ici le vent finir de nettoyer ses méfaits. Que faire quand on est un homme seul ? Il marchait, vers le sud, vers la mer qui se trouvait à quelques centaines de kilomètres de la ville qu’il habitait. Au début, il avait crû que ce ne serait que l’affaire de quelques jours, mais maintenant, il se rendait bien compte qu’il n’avançait pas vite. Pourquoi ? Pour ne trouver que d’autres ruines ? D’autres morts ? Si seulement il avait vu quelqu’un ou quelque chose ? Si seulement le vent ne cessait de le harceler… Il ne cessait de se renforcer, de charrier, de poussait la poussière… Celle de la mort, comme un fidèle disciple, il répandait la poussière arrachée des corps.<br />Hier, il avait traversé un village. Le décor était le même que celui qu’il voyait depuis le troisième jour. Des troncs rabougris et secs, des corps en lambeaux… La peau déjà tannée et séchée par ce soleil de plomb, partait en poussière. Tout cela était bien trop rapide, il en avait conscience. Les corps auraient dû pourrir, mettre des jours, des semaines à se décomposer. On aurait dit que cela faisait des années qu’ils étaient là, brûlés… Il avait ouvert la porte d’une épicerie, tout le monde était mort si vite que rien n’avait fermé… Il y avait un homme et un enfant étendu sur le sol. Leur état était le même que les corps dehors… Rongé, desséché… Sur les étagères, il trouva des bouteilles d’eau et des paquets de biscuit dont il se nourrissait depuis. S’il avait survécu, d’autres aussi, pensait-il pour survivre, pour continuer à se battre contre l’envie de plus en plus présente de s’allonger sur le sol et de se laisser mourir… Une pensée qui avait de plus en plus de mal à combattre le décor qu’il traversait. Il avait même gratté le sol, tenté s’y déloger quelques insectes ou lézard… Mais là aussi tout était mort… Un virus ? La fureur de Dieu ? Une arme nucléaire nouvelle ? Comment savoir ? Il ne savait rien et cette absence le détruisait de l’intérieur comme ce qui avait tué tout le monde. Vivre ? Pourquoi ? Pour ça ? À la vitesse où tout disparaissait, où le vent rongeait les corps et bientôt les ruines, il ne resterait pas vivant plus de quelques mois de toute façon&#8230; </div>
<p>
<div> </div>
<p>
<div align="right">&#8212; Eleken,</div>
<div align="right">Bout de texte écrit ce jour et si j&#8217;arrive à le finir<br />(20000c. quand même sur le thème du vent) avant la fin de la semaine,<br />qui sera proposé à la revue Monk, on verra bien <img src='http://www.okedomia.com/wp-includes/images/smilies/icon_surprised.gif' alt=':o' class='wp-smiley' /> p</div>
<p>
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		<title>Nuits épisode 5</title>
		<link>http://www.okedomia.com/2008/01/nuits-episode-5/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Jan 2008 15:51:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mes textes]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[L’homme regardait la glace sans voir son reflet. Il se demandait, pourquoi il avait fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ce jour-là, devant son miroir, il n’avait plus supporté d’y voir son image. Pourquoi est-ce qu’il avait pris cette lame, pourquoi ? Il se rappelle bien la haine qui l’habitait, la colère qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’homme regardait la glace sans voir son reflet. Il se demandait, pourquoi il avait fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ce jour-là, devant son miroir, il n’avait plus supporté d’y voir son image. Pourquoi est-ce qu’il avait pris cette lame, pourquoi ? Il se rappelle bien la haine qui l’habitait, la colère qui pulsait dans ses veines. Pourquoi ? Il ne supportait plus, il ne vivait plus, il ne pensait plus. La vie lui était devenue intolérable, infâme, inénarrable. Il lui fallait sortir de là, quitter cet état, supprimer sa souffrance. Alors ce jour-là, devant son miroir où il ne voyait plus son reflet, il a pris la lame à sa droite, et lentement, s’est entaillé le poignet gauche, tremblant sous la douleur, tremblant sous la souffrance, tremblant sous les larmes. Puis, il avait marché jusqu’au sofa, répandant son sang sur le sol du salon, imbibant la pièce de cette odeur cuivrée qui caractérise si bien notre sang. Il s’était effondré là, assis… Attendant… Réfléchissant… Et ce sang qui coulait, ce sang qui roulait sur son bras… À l’extérieur, elle tombe, la nuit, venue ce soir, le prendre. L’homme ne bougeait plus, ses yeux pâles fixant son sang qui s’écoulait, à mesure que son espoir s’étiolait. Il s’endormit… Pour toujours.<br />Si j’avais survécu… Si j’étais vivante, si le temps coule encore dans mes veines… Le noir, l’obscurité, le néant, nulle part m’entourent de leurs volutes insondables. Mais moi, mais je, mais toi, mais vous, mais qui ? Je ! Un bruissement, un froid, un vent, un choc. Je sens la pierre entailler mes côtes. Je roule sur mes côtes. Je roule sur le lit de la rivière. Ma tête émerge de l’obscurité, explose de douleur au contact de l’air gelé de l’hiver, sortant de l’eau glaciale de la nuit… Elle tangue, cherche l’air, respire… S’échoue… Je respire… Je vis. Mes doigts s’enfoncent dans la terre meuble de la berge. Aveugle, à bout de force, je traîne mon corps impuissant, je l’entraîne hors de cette eau glaciale qui dévore encore mes jambes. Je suffoque, j’essaye de respirer, mais je suis trop faible. Ma poitrine est écrasée par le poids de mon propre corps… J’ai du mal… À respirer… À nouveau,  je sombre, pas dans le courant glacial de cette rivière, mais dans le courant invincible de l’épuisement… J’essaye sans y arriver à bouger encore mes bras, mes jambes… Je n’y arrive pas… Mon corps est à nouveau lointain… Il n’est plus à moi… Je m’enfonce… Je m’enfonce… Dans la nuit.<br />Et puis, l’obscurité saisit l’homme. Il y glissa, de plus en plus vite, sans pouvoir s’accrocher encore à la vie… Tendrement, il sombra dans l’éternité, dans le néant, dans le noir, dans l’inconscience, dans la paix… Puis ce fut le flash, la lumière brûlante, l’explosion de douleur, les vapeurs soufrées lui suffoquèrent les poumons, les cris des suppliciés, les flammes de l’enfer qui léchèrent sont corps… Il refusa d’ouvrir les yeux, non il ne le voulu pas, il ne devait pas…. À travers ses paupières closent, il sentit la multitude, les mains qui griffèrent son corps, qui lacérèrent sa peau. Il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas s’enfuir… Il garda les paupières aussi serrées qu’il le put, il n’osa affronter l’enfer du dehors, les grognements et râle monstrueux qui l’entouraient le terrifiaient. Plus encore, quand le silence se fit, plus encore quand la voix caverneuse de leur chef s’éleva dans l’espace, remplissant le temps et l’espace, les remplissant d’un timbre sans compassion, sans humanité… « Je crois qu’il est sauvé ».<br />L’homme émergea, à bout de souffle, de la forêt. La rivière est là, là où il espérait la trouver. Il parcourt des yeux son lit sinueux. Il la cherche. Il sait, qu’elle est quelque part par là, ici, elle doit y être, il ne peut en être autrement. Il doit la sauver des autres, c’est sa mission, il le sait. Du jour où il s’est réveillé, du jour où tout pour lui à changer, où les cauchemars ont commencé, il savait… Il savait que ce soir, il serait là, la cherchant, pour la sauver. Il regarda le ciel, il avait déjà commencé à pâlir, il avait déjà commencé à chasser les étoiles… Le temps était trop précieux, il avait perdu trop de temps à trouver son chemin dans la forêt dense. Il devait la ramener, la protéger du soleil, la sauver… Avant cela, il devait la trouver. Il remonta le cours d’eau. Et s’il s’était trompé, et s’il avait fallu descendre… Non, il ne devait pas penser à cela. Il devait… Il la trouva. Allonger dans la boue, les jambes encore dans l’eau, son flanc déchiqueté, saignant encore un peu. Vivait-elle encore ? Il n’avait pas le temps de ses poser la question, ce n’était pas le moment de se la poser… Il devait la sauver, la ramener, elle était vivante. Il passa les bras sous son corps et la souleva. Elle lui parut incroyablement légère et frêle. Il ramena sa tête contre son torse… La regarda… Parcourut son corps de son regard pâle… Visage d’ange aux couleurs bleutées du froid. Il devait se hâter.  Elle était à peine vivante… Il devait la sauver… Aussi vite qu’il le pu, luttant contre le temps, contre le soleil et la fatigue, la douleur qui ankylosait ses bras, il se mit à courir… Il devait la sauver… C’était sa mission…</p>
<p align="right">&#8212; Eleken,<br />Un épisode qui aura mis le temps de venir, mais un épisode qui aura été précédé de la réflexion, du temps de définir avec exactitude le plan de ce récit&#8230; Et donc, des épisodes futurs plus simple à écrire ;o). Maintenant je crois que je vais sortir, je n&#8217;ai pas encore mis un pieds dehors.</p>
<p align="right">
<p align="left">Comme ça fait longtemps, voici les liens vers les épisodes précédant pour ceux et celles qui prendrait en cours de route :<br />- <a href="http://www.okedomia.com/2007/10/nuits-pisode-1.html">épisode 1</a><br />- <a href="http://www.okedomia.com/2007/11/nuits-pisode-2.html">épisode 2<br /></a>- <a href="http://www.okedomia.com/2007/11/nuits-pisode-3.html">épisode 3<br /></a>-<a href="http://www.okedomia.com/2007/11/nuits-pisode-4.html"> épisode 4</a></p>
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		<title>Les autres</title>
		<link>http://www.okedomia.com/2007/12/les-autres/</link>
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		<pubDate>Mon, 10 Dec 2007 12:51:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Eleken Traski</dc:creator>
				<category><![CDATA[Mes textes]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis seul.Ils ne me voient pas…Enfin, je crois… Ils ne me voient pas, ne m’entendent… Non, c’est pire. Ils m’évitent et ne m’écoutent pas. Pourquoi ? Mais pourquoi ? Je sais maintenant qu’ils me voient. J’ai pu en faire l’expérience. En fait, c’est très simple. Je suis allé au milieu du trottoir et j’ai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis seul.<br />Ils ne me voient pas…<br />Enfin, je crois… Ils ne me voient pas, ne m’entendent… Non, c’est pire. Ils m’évitent et ne m’écoutent pas. Pourquoi ? Mais pourquoi ? Je sais maintenant qu’ils me voient. J’ai pu en faire l’expérience. En fait, c’est très simple. Je suis allé au milieu du trottoir et j’ai cherché à croiser leur chemin. Tous, sans exception, m’ont évité, sans un regard, avec le minimum de changement dans leur trajectoire. Je suis comme un aimant de même pôle, je repousse les autres en douleur, tout contact semble impossible. De la même manière, je sais qu’ils m’entendent. Quand je parle, ils n’ont aucune réaction, ils ne tressaillent pas une seconde comme quelqu’un qui m’aurait entendu mais ne voudrait pas me répondre. Non, ici, ils m’entendent mais m’oublis avant même d’avoir intégré l’idée que je parle ou que j’existe. Cela doit-être ça. Ils ne me perçoivent plus. Pour m’en convaincre, j’ai hurlé dans l’oreille d’une jeune femme… Elle n’a pas fait un mouvement… Par contre, elle s’est ensuite pressée l’oreille, se plaignant d’une légère douleur à son amie. Ainsi, j’avais quand même physiquement prise sur eux. J’ai marché, vivement sur le trottoir, ne me souciant pas de ceux qui m’entouraient et s’écartaient naturellement de mon chemin, puis j’ai vu cet homme. Complet veston, chapeau de feutre, mallette à la main. J’ai couru sur lui et je l’ai poussé de toutes mes forces. Il s’en fallu de peu qu’il m’esquive, mais il fut quand même déséquilibré et tomba. Sa mallette produit un son mat en frappant le sol, les regards se tournèrent vers lui… Mais pas vers moi… L’homme se releva, visiblement gêné… Il pensait sans doute s’être pris les pieds dans une saillie de dalle et avoir chuté bêtement, se ridiculisant devant des inconnus. Il n’a gardé aucune trace de moi. Pas plus de mes cris, ni du second croc-en-jambe que je lui ai fait lorsqu’il acheva de s’être relevé et qu’il rechuta tout aussi lourdement. Là, un jeune garçon et venu lui apporter son aide pour se relever… J’ai préféré partir… Il était évidant que tous mes efforts étaient inutiles.<br />Quand cela avait-il commencé ?  Ce matin, je m’étais levé normalement… Mais j’habite seul, alors difficile de juger… Dans la rue, je ne connais personne… En tout cas, je n’ai croisé personne de ma connaissance. Et, c’est bien normal, personne ne m’a foncé dessus ou ne m’a adressé la parole. Au bus, il y avait plusieurs personnes à l’arrêt, je suis montée en même temps qu’elles… Comment savoir, si à cet instant j’étais encore « perçu ». Même le premier indice flagrant de mon état ne m’a pas sauté au visage… Je me suis arrêté à un kiosque à journaux où j’ai pris dans les rayons le dernier exemplaire de mon quotidien, je l’ai posé sur le comptoir et j’ai cherché dans mon porte-monnaie la monnaie pour payer. Je n’avais qu’un billet de cinq, que j’ai alors sorti, et relevant les yeux, j’ai pu voir le regard éberlué du vendeur qui regardé mon journal comme s’il n’avait jamais vu un journal de sa vie. J’ai agité un peu le billet dans ma main, pour tenter de capter son attention, mais il n’a pas cillé… Il a alors secoué la tête et soufflant, passant à autre chose semble-t-il, je le suivi du regard quand je le vis reprendre mon journal et le remettre ne rayon. J’ai eu beau protesté, lui arguant que ce journal était le mien, il ne m’accorda même pas un regard. Je repris le journal et le reposé sur le comptoir, quand enfin, l’homme parla… A un homme qui venait de se glisser sur ma droite et qui achetait lui aussi un journal. L’homme tendit son argent, le vendeur plaisanta avec lui, lui rendit sa monnaie, l’homme s’en alla… Tout cela devant mes yeux éberlué par cette scène. Rouge de rage, je balayais le comptoir de la main, envoyant volet les feuilles du quotidien par terre, ce qui attira l’attention du vendeur qui grogna d’incompréhension tandis que je partais avec mon humeur.<br />Ce n’est qu’une fois au travail, que j’ai compris qu’il se passait quelque chose d’horrible. Quand mon patron pénétra dans mon bureau et demanda à mon collègue où j’étais. Et pourtant, je lui avais bien dit « bonjour »… Mais m’avait-il répondu ? Et la veille ? Je n’avais pas parlé à qui que ce soit la veille aussi… J’étais peut-être déjà soumis à ce sortilège affreux. Car oui, il ne pouvait s’agir que de magie noire et conspiration du gouvernement contre moi. En effet, je n’avais jamais entendu parler d’une maladie où l’on perdait cette capacité d’être perçu… Mais quel idiot je suis, bien sûr que l’on en jamais entendu parler, puisque que ceux qui l’on subit n’ont jamais plus pu communiquer avec les autres. Je me croyais seul, aujourd’hui, je sais ce que c’est de l’être. J’ai essayé d’appeler ma mère au téléphone… Peine perdue, elle a répondu, mais ne m’entendait pas quand je parlais. J’ai essayé d’écrire sur une feuille, d’agiter des objets sous les yeux des autres, mais c’est à croire que tout ce que j’ai pu faire n’a plus d’existence. Comme si ce que je faisais de mes mains héritait de la même malédiction que moi.</p>
<p><em>Huit mois plus tard.</em></p>
<p>Huit mois… Je compte les jours maintenant… Huit mois que je suis seul… Deux cent quarante huit jours maintenant… Je me suis habitué à vivre seul… Pas à être seul… Je ne me lave plus, ne change plus de vêtements. Je suis sale, je pu, mais qui s’en soucis ? Personne. Je continu d’habiter mon petit appartement. Mes loyers impayés s’accumulent, mon patron à engagé un nouvel employé puisqu’il ne me voyait plus venir au travail et que je ne répondais plus au téléphone. De toute façon, il ne m’entendait pas. Je vis de larcin. Je vole dans les magasins de la nourriture et des vêtements. Je vis même plutôt bien… Tout ce que je touche devient invisible aux yeux des autres. Il m’a donc était très facile de rentrer dans des magasins et de repartir avec tout ce donc j’avais besoin. Mais ce n’est pas ce qui est dur à vivre… Le plus dur…</p>
<p><em>Huit ans plus tard<br /></em><br />C’est d’être seul. Toujours seul. Ma famille me croit mort, mon appartement a été reloué, mes biens vendu aux enchères. Le plus dur, c’est de voir comment ce que je croyais connaître m’ont vite oublié. Ma mère a enlevé petit à petit toute les photos de moi. Après avoir vécu quelques semaines au milieu de cette famille d’immigrés qui avait reloué mon appartement, je n’ai plus supporté que me soit rappelé chaque instant mon état. Alors je suis reparti dans le sud, dans la maison familiale. Mais ce fut pire. Voir mes parents bouleversés par ma disparition… Puis pire encore… Petit à petit, je les ai vus m’oublier. Alors je suis parti… J’ai voyagé un peu. Dans des lieux inconnus, pour ne voir, toujours, que la misère et la haine derrière les façades commerciales que l’on présente aux touristes. Partout, le même désespoir, la même triste, la même douleur… Mais aussi, partout, la famille, les amis, les autres, leur soutient… Et moi, je suis seul… Alors je suis revenu ici. Je m’amuse à tromper la mort, traverser tranquillement l’autoroute. Voir ces autres qui ne me voient pas, ralentir, m’éviter de peu, parfois faire un tête-à-queue, sortir de route… Mourir.<br />Je me hisse de plus en plus souvent sur le toit d’une haute tour, et j’écris. Mon histoire. Peut-être que quand je serais mort, ce que j’ai fait pourra être lu… Quand j’aurais terminé ces pages, je me lèverais. Je sauterais. Les autres verront t-il mon corps quand je mourrais, ou bien piétineront-ils mes restes pourrissant pendant des mois ?<br />A cet instant une main se pose sur mon épaule. Je hurle de peur en me retournant, en tombant au sol de ma chaise, renversant mes dernières feuilles. Une femme se tient face à moi… Elle me regarde. Elle me parle… Elle me dit « Toi aussi… ». Je me lève, les lèvres tremblantes. Je m’approche d’elle.<br />Je la serre dans mes bras.<br />Je pleure.<br />Je ne suis plus seul.</p>
<div align="right">&#8212; Eleken,</div>
<div align="right">La nouvelle du lundi, </div>
<div align="right">Ecrite ce midi vite fait.</div>
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Les Creatures d&#8217;Okedomia.<br />
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